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Théophile Gautier - Mademoiselle de Maupin
roucoule tout doucement autour de vous. Les tissus qui vous touchent semblent vous caresser et collent amoureusement leurs plis au long de votre corps. - Alors la jeune fille ouvre ses bras au premier laquais avec qui elle se trouve seule; le philosophe laisse sa page inachevée, et, la tête dans son manteau, court en toute hâte chez la plus voisine courtisane.
Je n'aimais certainement pas l'homme qui me causait des agitations si étranges. - Il n'avait d'autre charme que de ne pas être une femme, et, dans l'état où je me trouvais, c'était assez! Un homme! cette chose si mystérieuse qu'on nous dérobe avec tant de soin, cet animal étrange dont nous savons si peu l'histoire, ce démon ou ce dieu qui peut seul réaliser tous les rêves de volupté indécise dont le printemps berce notre sommeil, la seule pensée que l'on ait depuis l'âge de quinze ans!
Un homme! - L'idée confuse du plaisir flottait dans ma tête alourdie. Le peu que j'en savais allumait encore mon désir. Une ardente curiosité me poussait d'éclaircir une bonne fois les doutes qui m'embarrassaient et se représentaient sans cesse à mon esprit. La solution du problème était derrière la page: il n'y avait qu'à la tourner, le livre était à côté de moi. - Un chevalier assez beau, un lit assez étroit, une nuit assez noire! - -une jeune fille avec quelques verres de vin de Champagne dans le cerveau! - quel assemblage suspect! - Eh bien! de tout cela il n'est résulté qu'un très honnête néant.
Sur le mur où je tenais les yeux fixés, à la faveur d'une obscurité moins épaisse, je commençais à distinguer la place de la croisée; les carreaux devenaient moins opaques, et la lueur grise du matin, qui glissait derrière, leur rendait la transparence; le ciel s'éclaira peu à peu: il était jour. - Tu ne peux t'imaginer quel plaisir me fit ce pâle rayon sur la teinture verte de serge d'Aumale qui entourait le glorieux champ de bataille ou ma vertu avait triomphé de mes désirs! Il me sembla que c'était ma couronne de victoire.
Quant au compagnon, il était tout à fait tombé par terre.
Je me levai, je me rajustai au plus vite et je courus à la fenêtre; je l'ouvris, la brise matinale me fit du bien.
Pour me peigner je me mis devant le miroir, et je fus étonnée de la pâleur de ma figure que je croyais pourpre.
Les autres entrèrent pour voir si nous étions encore endormis, et poussèrent du pied leur ami qui ne parut pas très surpris de se trouver où il était.
On sella les chevaux, et nous nous remîmes en route. - Mais en voici assez pour aujourd'hui ma plume ne marque plus, et je n'ai pas envie de la tailler je te dirai une autre fois le reste de mes aventures en attendant, aime-moi comme je t'aime, Graciosa la bien nommée, et, d'après ce que je viens de te conter, ne va pas avoir une trop mauvaise opinion de ma vertu.
Chapitre 11. Beaucoup de choses sont ennuyeuses...
Beaucoup de choses sont ennuyeuses: il est ennuyeux de rendre l'argent qu'on avait emprunté, et qu'on s'était accoutumé à regarder comme à soi; il est ennuyeux de caresser aujourd'hui la femme qu'on aimait hier; il est ennuyeux d'aller dans une maison à l'heure du dîner, et de trouver que les maîtres sont partis pour la campagne depuis un mois; il est ennuyeux de faire un roman, et plus ennuyeux de le lire; il est ennuyeux d'avoir un bouton sur le nez et les lèvres gercées le jour où l'on va rendre visite à l'idole de son coeur; il est ennuyeux d'être chaussé de bottes facétieuses, souriant au pavé par toutes leurs coutures, et surtout de loger le vide derrière les toiles d'araignée de son gousset; il est ennuyeux d'être portier; il est
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