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Stendhal - La Chartreuse de Parme

informations: puis il attendait.

Il fallait que dans son exil à Romagnano Fabrice:

1 Ne manquât pas d'aller à la messe tous les jours, prît pour confesseur un homme d'esprit, dévoué à la
cause de la monarchie, et ne lui avouât, au tribunal de la pénitence, que des sentiments fort

irréprochables.

2 Il ne devait fréquenter aucun homme passant pour avoir de l'esprit, et, dans l'occasion, il fallait parler
de la révolte avec horreur, et comme n'étant jamais permise.

3 Il ne devait point se faire voir au café, il ne fallait jamais lire d'autres journaux que les gazettes
officielles de Turin et de Milan; en général, montrer du dégoût pour la lecture, ne jamais lire, surtout

aucun ouvrage imprimé après 1720, exception tout au plus pour les romans de Walter Scott;

4 Enfin, ajouta le chanoine avec un peu de malice, il faut surtout qu'il fasse ouvertement la cour à
quelqu'une des jolies femmes du pays, de la classe noble, bien entendu; cela montrera qu'il n'a pas le

génie sombre et mécontent d'un conspirateur en herbe.

Avant de se coucher, la comtesse et la marquise écrivirent à Fabrice deux lettres infinies dans lesquelles
on lui expliquait avec une anxiété charmante tous les conseils donnés par Borda.

Fabrice n'avait nulle envie de conspirer: il aimait Napoléon, et, en sa qualité de noble, se croyait fait pour
être plus heureux qu'un autre et trouvait les bourgeois ridicules. Jamais il n'avait ouvert un livre depuis le

collège, où il n'avait lu que des livres arrangés par les jésuites. Il s'établit à quelque distance de

Romagnano, dans un palais magnifique; l'un des chefs-d'oeuvre du fameux architecte San Micheli mais

depuis trente ans on ne l'avait pas habité, dé sorte qu'il pleuvait dans toutes les pièces et pas une fenêtre

ne fermait. Il s'empara des chevaux de l'homme d'affaires, qu'il montait sans façon toute la journée; il ne

parlait point, et réfléchissait. Le conseil de prendre une maîtresse dans une famille ultra lui parut plaisant

et il le suivit à la lettre. Il choisit pour confesseur un jeune prêtre intrigant qui voulait devenir évêque

(comme le confesseur du Spielberg); mais il faisait trois lieues à pied et s'enveloppait d'un mystère qu'il

croyait impénétrable, pour lire Le Constitutionnel', qu'il trouvait sublime."Cela est aussi beau qu'Alfieri

et le Dante!"s'écriait-il souvent. Fabrice avait cette ressemblance avec la jeunesse française qu'il

s'occupait beaucoup plus sérieusement de son cheval et de son journal que de sa maîtresse bien pensante.

Mais il n'y avait pas encore de place pour l'imitation des autres dans cette âme naïve et ferme, et il ne fit

pas d'amis dans la société du gros bourg de Romagnano; sa simplicité passait pour de la hauteur; on ne

savait que dire de ce caractère.

- C'est un cadet mécontent de n'être pas aîné dit le curé.


CHAPITRE VI

Nous avouerons avec sincérité que la jalousie du chanoine Borda n'avait pas absolument tort, à son retour
de France, Fabrice parut aux yeux de la comtesse Pietranera comme un bel étranger qu'elle eût beaucoup

connu jadis. S'il eût parlé d'amour, elle l'eût aimé; n'avait-elle pas déjà pour sa conduite et sa personne

une admiration passionnée et pour ainsi dire sans bornes? Mais Fabrice l'embrassait avec une telle

effusion d'innocente reconnaissance et de bonne amitié qu'elle se fût fait horreur à elle-même si elle eût

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