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Stendhal - La Chartreuse de Parme

Je me suis tant ennuyé à propos de l'amour que je voulais me donner et de la Fausta, écrivait-il à la
duchesse, que maintenant son caprice me fût-il encore favorable, je ne ferais pas vingt lieues pour aller la

sommer de sa parole; ainsi ne crains pas, comme tu me le dis, que j'aille jusqu'à Paris où je vois qu'elle

débute avec un succès fou. Je ferais toutes les lieues possibles pour passer une soirée avec toi et avec ce

comte si bon pour ses amis.

LIVRE SECONDE

Par ses cris continuels, cette république nous empêcherait de jouir de la meilleure des monarchies.
(Chap. xxiii.)


CHAPITRE XIV

Pendant que Fabrice était à la chasse de l'amour dans un village voisin de Parme, le fiscal général Rassi,
qui ne le savait pas si près de lui, continuait à traiter son affaire comme s'il eût été un libéral: il feignit de

ne pouvoir trouver, ou plutôt intimida les témoins à décharge; et enfin, après un travail fort savant de près

d'une année, et environ deux mois après le dernier retour de Fabrice à Bologne, un certain vendredi, la

marquise Raversi, ivre de joie, dit publiquement dans son salon que, le lendemain, la sentence qui venait

d'être rendue depuis une heure contre le petit del Dongo serait présentée à la signature du prince et

approuvée par lui. Quelques minutes plus tard la duchesse sut ce propos de son ennemie."Il faut que le

comte soit bien mal servi par ses agents! se dit-elle; encore ce matin il croyait que la sentence ne pouvait

être rendue avant huit jours. Peut-être ne serait-il pas fâché d'éloigner de Parme mon jeune grand vicaire;

mais, ajouta-t-elle en chantant, nous le verrons revenir, et un jour il sera notre archevêque."La duchesse

sonna:

- Réunissez tous les domestiques dans la salle d'attente, dit-elle à son valet de chambre, même les
cuisiniers; allez prendre chez le commandant de la place le permis nécessaire pour avoir quatre chevaux

de poste, et enfin qu'avant une demi-heure ces chevaux soient attelés à mon landau. Toutes les femmes

de la maison furent occupées à faire des malles, la duchesse prit à la hâte un habit de voyage, le tout sans

rien faire dire au comte; l'idée de se moquer un peu de lui la transportait de joie.

- Mes amis, dit-elle aux domestiques rassemblés, j'apprends que mon pauvre neveu va être condamné par
contumace pour avoir eu l'audace de défendre sa vie contre un furieux; c'est Giletti qui voulait le tuer.

Chacun de vous a pu voir combien le caractère de Fabrice est doux et inoffensif. Justement indignée de

cette injure atroce, je pars pour Florence: je laisse à chacun de vous ses gages pendant dix ans. Si vous

êtes malheureux, écrivez-moi, et tant que j'aurai un sequin, il y aura quelque chose pour vous.

La duchesse pensait exactement ce qu'elle disait, et, à ses derniers mots, les domestiques fondirent en
larmes; elle aussi avait les yeux humides; elle ajouta d'une voix émue:

- Priez Dieu pour moi et pour Mgr Fabrice del Dongo, premier grand vicaire du diocèse, qui demain
matin va être condamné aux galères, ou, ce qui serait moins bête, à la peine de mort.

Les larmes des domestiques redoublèrent et peu à peu se changèrent en cris à peu près séditieux; la

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