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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

Cornouaille, femme du comte Richard, frère de Henri. Béatrix, comtesse douairière de Provence, mère
des quatre princesses, était du voyage. L'entrevue fut des plus tendres, et elle eut la joie d'embrasser en

même temps toutes ses filles. De Chartres, on marcha droit à Paris, dont tout le peuple sortit pour aller

au-devant d'eux, les uns sous les armes, les autres couronnés de fleurs, ou tenant en leurs mains des

rameaux; le pavé était jonché de feuilles et de fleurs. L'université en corps et tous les écoliers, dont le

nombre était très-grand, parurent en habits de cérémonie. Ce n'était que cris de joie, que concerts de

musique et d'instrumens dans tous les lieux où les rois et les princesses passaient. Le soir, et toute la nuit,

il y eut des illuminations et des réjouissances par toute la ville.

Le roi offrit au roi d'Angleterre de le loger, soit au Palais, soit au Temple, ou en quelque autre hôtel de la
ville où il jugerait à propos. Henri choisit le Temple pour lui et pour sa cour, et tout le quartier des

environs jusqu'à la Grève.

Dès le lendemain matin, il fit dresser des tables en divers endroits de son quartier, où l'on servit toute la
journée du pain, du vin, de la viande et du poisson pour tous les pauvres qui voulurent y venir manger.

Pendant cette matinée, le roi mena Henri à la Sainte-Chapelle, où il lui fit voir les précieuses reliques
qu'on y honorait: de là il le conduisit dans la ville pour lui montrer ce qu'il y avait de curieux. Le prince

laissa dans la Sainte-Chapelle, ainsi que dans les autres lieux où il fut conduit, des marques de sa

libéralité.

Le roi d'Angleterre, après avoir été traité magnifiquement au Temple, le soir de son arrivée, pria le roi de
trouver bon qu'il lui donnât le lendemain à dîner au même lieu. On s'y rendit au retour de la cavalcade du

matin. Tout était préparé dans la grande salle. Louis, pour faire les honneurs, voulait placer le roi

d'Angleterre entre lui et le jeune roi de Navarre; mais Henri s'excusa de prendre une place qui ne pouvait

être mieux et plus convenablement occupée que par le roi de France: Car, ajouta-t-il, vous

êtes mon seigneur et le serez toujours
. Le roi fut contraint de céder et s'assit, ayant à sa droite le roi
d'Angleterre, et à sa gauche le roi de Navarre. Toutes les portes étaient ouvertes et sans gardes; mais le

respect qu'inspirait la présence des princes suffit seul pour empêcher le désordre et la confusion. Il y avait

encore d'autres tables dans les appartemens, où les seigneurs des deux cours, chacun selon sa qualité et

son rang, étaient placés. Il était jour maigre; on ne vit jamais tant de somptuosité et d'abondance.

Le lendemain, le roi donna à souper au roi d'Angleterre dans le Palais, où il lui avait fait préparer un bel
appartement; et comme Henri voulut, après le repas, se retirer au Temple: «Non pas, lui dit le roi en riant;

je suis maître chez moi, je veux au moins cette nuit vous avoir en ma puissance.»

Le roi d'Angleterre demeura à Paris huit jours, qui se passèrent en fêtes et en réjouissances; mais elles
n'empêchèrent pas les deux rois d'avoir durant ce temps plusieurs entretiens secrets. Si l'on en veut croire

l'historien d'Angleterre, Mathieu Paris, à qui son maître peut en avoir parlé, Louis témoigna à Henri le

désir qu'il avait de lui restituer la Normandie: Mais, ajoutait-il, mes douze pairs et mon

baronage n'y consentiraient jamais
. La délicatesse de la conscience de Louis, et la conduite qu'il tint
dans la suite, dans quelques traités avec le roi d'Angleterre, rendent ce fait assez vraisemblable. Le

témoignage de cet auteur contemporain nous apprend au moins deux choses importantes: la première,

que dès lors le nombre des pairs de France était fixé à douze; la seconde, que le roi ne disposait d'aucune

partie considérable de ses états sans le consentement, non-seulement des pairs du royaume, mais encore

de ses barons, qui étaient les plus grands seigneurs de l'état, quoique d'un rang inférieur à celui des pairs.

Le roi d'Angleterre quitta Paris, comblé d'honneurs, et s'y acquit une grande réputation de libéralité. Le

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