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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

rendre à Paris.

Retour du roi en France.

La nouvelle du départ de saint Louis de la Palestine pour revenir en France, y avait répandu une
allégresse universelle. Tous les peuples étaient dans la plus grande impatience de le revoir. Cependant

l'espérance qu'ils en avaient étaient fort modérée par la crainte des dangers qu'il pouvait courir sur un

élément aussi sujet aux tempêtes et aux naufrages. Il y avait près de trois mois que ce prince était parti da

port de St-Jean-d'Acre, lorsqu'il débarqua, comme je l'ai dit, le 10 juillet, aux îles d'Hières. S'étant mis en

chemin pour se rendre à Paris, il trouva sur sa route une affluence prodigieuse de peuple, qui venait lui

témoigner par les plus vives acclamations la satisfaction qu'il avait de revoir son prince. Il arriva enfin à

Vincennes dans les premiers jours d'août. Paris se préparait à recevoir avec toute la solennité possible, un

monarque si digne de son respect et de son amour: Louis cependant, avant d'en être le témoin, alla, pour

satisfaire aux mouvemens de sa piété, rendre graces à Dieu en l'église de Saint-Denis, où il laissa de

magnifiques présens.

Quelques jours après il fit son entrée dans Paris, qui le reçut aux acclamations redoublées de ses habitans:
leur joie ne fut tempérée que par la vue de la croix qu'il portait toujours sur ses habits: preuve non

équivoque qu'il avait plutôt suspendu qu'abandonné le dessein de la croisade. Ce ne furent néanmoins,

pendant plusieurs jours, que réjouissances, feux, danses et festins. Louis, après avoir donné quelques

semaines aux empressemens de ses fidèles Parisiens, qui tous voulaient voir de leurs yeux ce prince qui

avait fait de si grandes choses, si chéri et si digne de leurs respects, crut devoir se dérober à leurs

empressemens, pour s'appliquer tout entier à corriger les abus qui s'étaient glissés pendant son absence,

et, s'il se pouvait, à bannir de son royaume jusqu'à l'ombre du mal.

Dès les premiers jours après son retour, il assembla un parlement, où il fit publier une ordonnance qui
contient plusieurs articles très-importans pour l'exacte administration de la justice.

Elle porte entre autres choses: «Que les baillifs, prévôts, vicomtes et autres juges supérieurs ou
subalternes, jureront de rendre la justice sans acception de personne; de conserver de bonne foi les droits

du roi, sans préjudicier à ceux des particuliers; de ne recevoir, ni eux, ni leurs femmes, ni leurs parens,

aucuns dons ou présens des plaideurs quand la valeur n'excéderait pas dix sols; de ne rien emprunter des

personnes qui peuvent avoir des procès à leurs tribunaux; de ne point envoyer de présens, ni aux gens du

conseil du roi, ni à ceux qui sont préposés pour examiner leurs comptes, ou pour informer de leur

conduite; de n'acheter ni directement, ni indirectement, aucun immeuble dans l'étendue de leur

juridiction; de ne point exiger d'amende, qu'elle n'eût été publiquement prononcée; de tenir leurs

audiences dans les lieux où ils ont coutume de les donner, pour ne point consumer les parties en frais.

Enfin, lorsqu'il seront hors d'exercice, de demeurer pendant quarante jours dans leurs bailliages, ou du

moins d'y laisser un procureur suffisant pour répondre aux plaintes qu'on pourrait faire contre eux devant

les commissaires du seigneur-roi.»

Ce serment devait être fait aux assises devant le peuple, afin que les juges fussent retenus en même
temps, et par la crainte de l'indignation divine et royale, et par la honte toujours inséparable du parjure.

Louis ordonne de plus que l'édit contre les usures et les Juifs soit fidèlement exécuté; que les femmes
publiques soient chassées tant des villes que de la campagne. Il défend, sous peine d'être réputé

infâme et débouté de tout témoignage de vérité
, non-seulement de jouer aux dés, mais même d'en
fabriquer dans toute l'étendue de ses domaines; il enjoint de punir sévèrement ceux qui tiennent des

académies de jeu. Il proscrit même jusqu'aux échecs, qui ne passent aujourd'hui que pour un simple jeu

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