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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
semblait menacer le royaume d'une révolution générale. Le monarque voyait d'ailleurs qu'il ne pouvait rien entreprendre dans la Palestine. Il ne lui arrivait de ses états que très-peu de troupes, et encore moins d'argent, comme si ses sujets eussent voulu le contraindre à revenir. Malgré tant de raisons il ne voulut rien décider sans avoir auparavant consulté le Seigneur. Il fit ordonner des prières et des processions publiques, pour demander à Dieu de lui faire connaître sa volonté. Tous les seigneurs français lui conseillèrent de partir. Les chrétiens même du pays, étaient de cet avis. Ils se voyaient en possession d'un nombre de places bien fortifiées, Acre, le château de Caïfa, Césarée, Jaffe, Tyr et Sidon: c'était assez pour se défendre contre les Sarrasins, en attendant que de plus grands secours les missent en état de reprendre Jérusalem. Il fut donc résolu qu'il s'embarquerait au commencement de l'année suivante, c'est-à-dire, immédiatement après Pâques.
Ensuite il recommanda au légat, qui avait ordre du pape de demeurer dans la Palestine, d'avoir grand soin de cette chrétienté, si fort exposée à la cruauté des mahométans. Il lui laissa beaucoup d'argent et un assez bon nombre de troupes.
Son départ de Saint-Jean-d'Acre.
Joinville eut ordre de conduire la reine et les petits princes à Tyr: le saint monarque ne tarda pas de les aller joindre; et, dans les premiers jours de carême, il se rendit avec eux à Saint-Jean-d'Acre, où se devait faire l'embarquement.
Cette ville était alors la capitale et la plus forte place du royaume de Jérusalem. Il y laissa cent chevaliers sous le commandement de Geoffroy de Sargines qui, en qualité de lieutenant d'un si grand prince, eut tout pouvoir dans les affaires publiques, et que son rare mérite fit depuis sénéchal et vice-roi de Jérusalem. Ce brave seigneur, soutenu de temps en temps par quelques secours qui lui venaient d'Europe, sut se maintenir trente ans durant contre la puissance des mahométans.
Tout étant prêt pour le départ, Louis à pied, accompagné du légat, du patriarche de Jérusalem, de Geoffroy de Sargines, et de toute la noblesse de la Palestine, prit le chemin du port. Il passait entre deux haies d'un peuple nombreux, accouru de tous côtés pour voir encore une fois ce généreux bienfaiteur, qu'ils appelaient le père des chrétiens. L'air retentissait de ses louanges, et chacun s'efforçait de lui témoigner sa reconnaissance, les uns par la vivacité de leurs acclamations, les autres par la sincérité de leurs larmes, tous par les bénédictions sans nombre dont ils le comblaient. On voyait sur son visage un fond de tristesse qui témoignait assez son regret de n'avoir pas fait pour eux tout ce qu'il aurait désiré; mais, d'un autre côté, on lisait dans ses regards, plus expressifs que ses paroles, qu'on le verrait bientôt à la tête d'une nouvelle croisade.
Toutes les personnes qui devaient passer en Europe s'embarquèrent sur une flotte de quatorze vaisseaux; et, le lendemain, fête de saint Marc 1254, on mit à la voile. Le roi fit remarquer à Joinville que c'était le jour de sa naissance. «La rencontre est heureuse, répondit le sénéchal en riant: c'est effectivement renaître une seconde fois que d'échapper d'une terre si périlleuse.»
Le légat avait donné au roi un ciboire rempli d'hosties consacrées, soit pour l'usage de sa propre dévotion, soit pour la consolation de ceux qui pourraient mourir dans le passage. Il fit placer ce sacré trésor à l'endroit le plus décent de son navire, dans un tabernacle précieux, couvert d'un riche pavillon. Tous les jours on y récitait solennellement l'office divin; les prêtres, revêtus de leurs habits sacerdotaux y faisaient les cérémonies et récitaient les prières de la messe, à la réserve de la consécration. Le monarque assistait à tout. Rien n'égalait ses soins pour les malades: il les visitait souvent, leur procurait tous les soulagemens qui dépendaient de lui, et prenait soin de leur salut encore plus que de leur guérison. Il y
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