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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

se jettent aux pieds de leur bienfaitrice et réclament sa protection. Elle la leur promit et tint parole. Les
biens du chapitre furent saisis, moyen toujours efficace de réduire les plus mutins sous le joug de

l'autorité légitime. Les chanoines, plus dociles, consentirent enfin d'affranchir ces malheureux,

moyennant une somme payable tous les ans.

Comme le but principal de la régente était d'entretenir la tranquillité dans l'état, elle était surtout attentive
à la maintenir dans la capitale. La licence des pastoureaux, dont j'ai parlé à l'occasion de la prison du roi,

avait laissé parmi le peuple de certaines dispositions à s'émanciper. Ce fut sans doute par ce motif qu'elle

exigea de nouveaux sermens de fidélité des bourgeois de Paris, et qu'elle obligea l'université de faire un

statut par lequel tout écolier qui serait pris armé pendant la nuit, serait jugé par le juge ordinaire,

nonobstant les priviléges de ce corps. La reine avait encore, quelque temps auparavant, fait déclarer par

le pape que tous les écoliers de l'université, qui seraient trouvés portant des armes, seraient exclus de tous

priviléges. C'était un point de police très-important, parce qu'alors les écoliers n'étaient pas des enfans

comme aujourd'hui, mais des hommes faits, pour la plus grande partie, qui, par leur nombre et par la

diversité et la jalousie des nations, pouvaient causer de grands désordres, dont on avait vu de fâcheux

exemples sous les règnes précédens. Telle était la situation des affaires dans le royaume de France.

Saint Louis était occupé dans la Palestine à y faire construire des forteresses pour mettre les chrétiens en
état de se soutenir contre les infidèles, lorsqu'il reçut la triste nouvelle de la mort de la reine Blanche sa

mère.

Mort de la reine Blanche.

Cette princesse fut attaquée à Melun, dans le mois de novembre, de la maladie qui la mit an tombeau.
Elle se fit transporter à Paris, où elle reçut les derniers sacremens de l'Eglise par le ministère de son

confesseur Renaud de Corbeil, évêque de cette capitale, et l'un des chefs du conseil d'état; ensuite, elle

manda l'abbesse de Maubuisson, monastère de l'ordre de Cîteaux, qu'elle avait fondé près de Pontoise, la

conjura, au nom de leur ancienne amitié, de lui donner l'habit de son ordre, et fit profession entre ses

mains, avec de grands sentimens de dévotion et d'humilité. On la transporta ensuite sur un lit de paille,

couvert d'une simple serge, où elle expira le 1er décembre 1252.

On lui mit aussitôt le manteau royal sur son habit de religieuse, et la couronne d'or sur la tête. En cet état,
elle fut portée par les plus grands seigneurs du royaume sur une espèce de trône richement orné, depuis le

palais jusqu'à la porte Saint-Denis; de là, elle fut conduite au monastère de Maubuisson, où elle avait

choisi sa sépulture.

Tout le royaume ressentit vivement cette perte. C'était la plus grande reine qui eut encore paru sur le
trône français. Femme d'un courage, d'une prudence et d'une élévation de génie au-dessus de son sexe;

princesse née pour faire en même temps l'ornement et la félicité du monde. C'est le langage de tous les

auteurs de son siècle; sans aucun autre reproche enfin, qu'un peu trop de hauteur dans sa première

régence, si toutefois on doit appeler hauteur, la fermeté avec laquelle elle se conduisit envers des vassaux

indociles, qui ne cherchaient, comme je l'ai rapporté dans le commencement de cet ouvrage, qu'à profiter

des brouilleries qu'ils voulaient exciter dans l'état; jaloux d'ailleurs de son mérite et de son autorité.

J'ajouterai encore à l'éloge de cette princesse, ce qu'en dit le père Daniel[1]. L'histoire nous fournit peu de
personnes de son sexe qui l'aient égalée dans la piété, la vertu, la prudence, et l'habileté pour le

gouvernement. Un esprit droit et ferme, un courage mâle à l'épreuve des événemens les plus fâcheux et

les plus imprévus, faisaient son principal caractère. C'est surtout cette fermeté, soutenue de beaucoup

d'application, qui démontre la sagesse de son administration. Ces qualités, jointes à beaucoup d'adresse, à

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