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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

dans sa première. Elle avait maintenu le royaume de France dans la plus grande tranquillité, tant au
dedans qu'au dehors. Elle s'opposa avec beaucoup de fermeté à la croisade que le pape osa faire publier

pour soutenir ses intérêts particuliers contre Conrad, fils de l'empereur Frédéric II, décédé l'année

précédente. Blanche assembla la noblesse du royaume; et, d'une voix unanime, elle fit ordonner que les

terres de ceux qui s'engageraient dans cette milice seraient saisies. «Qu'ils partent, disait-on, pour ne plus

revenir, ces traîtres à l'état. Il est bien juste que le pape entretienne ceux qui servent son ambition,

lorsqu'ils devraient secourir Jésus-Christ sous les étendards de notre roi.» Blanche fit faire aussi de vifs

reproches au pape sur sa conduite intéressée, qui allait mettre toute l'Europe en combustion, et l'on fit de

sévères réprimandes aux Cordeliers et aux Dominicains, qui avaient osé prêcher cette singulière croisade.

«Nous vous bâtissons des églises et des maisons, disaient les seigneurs, nous vous recevons, nous vous

nourrissons. Quel bien vous fait le pape? Il vous fatigue et vous tourmente; il vous fait les receveurs de

ses impôts, et vous rend odieux à vos bienfaiteurs.»

En vain le roi d'Angleterre, croyant répandre l'alarme en France pendant l'absence du roi, parlait à tout le
monde du dessein qu'il avait d'armer puissamment pour reprendre les provinces que ses prédécesseurs

avaient perdues par leurs félonies. Blanche, après avoir pris les précautions les plus sages et les plus

propres à faire échouer les projets vrais ou simulés de Henri, trouva encore le moyen de lui attirer la plus

sensible des mortifications, en mettant Rome dans les intérêts de la France. Innocent défendit au roi

anglais, sous peine d'un interdit général dans tout son royaume, de faire aucun acte d'hostilité sur les

terres de France. Toute la grace qu'on voulut bien lui accorder fut de ne pas rendre cet ordre public. Mais

la régente, qui en était assurée en particulier, laissa l'orgueilleux prince amuser ses peuples de l'idée de

ses conquêtes futures, et ne se mit pas même dans la suite beaucoup en peine de le ménager. Henri,

croyant sa présence nécessaire en Gascogne pour y châtier ses vassaux rebelles, et ne voyant point de

sûreté pour débarquer dans ses ports, fit demander un passage par la France: la régente ne balança pas à

lui refuser cette permission, et le monarque qui connaissait le courage et la sagesse de cette princesse,

n'osa pas même tenter d'en marquer le moindre ressentiment.

Ce ne fut pas là le seul exemple de justice et de fermeté qui distingua la seconde régence de la reine
Blanche. Le chapitre de Paris avait fait emprisonner, comme seigneur, tous les habitans de Chatenay et

de quelques autres lieux, pour certaines choses qu'on leur imputait, et que la loi interdisait aux serfs:

c'était son droit sans doute; mais ce droit ne détruisait pas ceux de l'humanité. Ces malheureux, enfermés

dans de noirs cachots, manquaient des choses les plus nécessaires à la vie, et se voyaient en danger de

mourir de faim. La régente, instruite de leur état, ne put leur refuser les justes sentimens de la

compassion: elle envoya prier les chanoines de vouloir bien, en sa faveur, sous caution néanmoins,

relâcher ces infortunés colons, promettant de se faire informer de tout et de faire toute sorte de justice

aux chanoines. Ceux-ci, piqués peut-être qu'une femme leur fît des leçons d'une vertu qu'eux-mêmes

auraient dû prêcher aux autres, ou, ce qui est plus vraisemblable, trop prévenus de l'obligation de soutenir

les prétendus priviléges de leur Eglise, répondirent qu'ils ne devaient compte à personne de leur conduite

vis-à-vis de leurs sujets, sur lesquels ils avaient droit de vie et de mort. En même temps, comme pour

insulter à l'illustre protectrice de ces pauvres esclaves, ils ordonnent d'aller prendre leurs femmes et leurs

enfans qu'ils avaient d'abord épargnés, les font traîner impitoyablement dans les mêmes prisons, et les

traitent de façon qu'il en mourut plusieurs, soit de misère, soit de l'infection d'un lieu capable à peine de

les contenir. La reine, indignée de cette insolence et de cette barbarie, ne crut pas devoir respecter des

prérogatives qui dégénéraient en abus, et favorisaient la plus horrible tyrannie. Elle se transporte à la

prison, commande d'enfoncer les portes, donne elle-même le premier coup, et dans l'instant les portes

sont brisées. On en voit sortir un grand nombre d'hommes, de femmes, et d'enfans pâles et défaits. Tous

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