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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

La régente et le légat conclurent enfin un traité par lequel il fut stipulé, 1.° que le comte de Toulouse
donnerait Jeanne sa fille, qui n'avait alors que neuf ans, en mariage à Alfonse de France, un des frères du

roi; 2.° que le comte de Toulouse jouirait des seuls biens qui lui appartenaient dans les bornes de l'évêché

de Toulouse, et de quelques autres dans les évêchés de Cahors et d'Agen; qu'il n'en aurait que l'usufruit,

et que toute sa succession reviendrait, après sa mort, à sa fille, à Alfonse son mari, et à leur postérité; et

qu'au cas qu'il ne restât point d'enfans de ce mariage, le comté de Toulouse serait réuni à la couronne

(comme il arriva en effet, après la mort de Jeanne et d'Alfonse); 3.° que le comte remettrait au roi toutes

les places et toutes les terres qu'il possédait au-delà du Rhône et en-deçà, hors l'évêché de Toulouse; qu'il

lui livrerait la citadelle de cette ville, et quelques autres places des environs, où le roi tiendrait garnison

pendant dix ans; 4.° que le comte irait dans dix ans au plus tard dans la Palestine, combattre à ses propres

frais contre les Sarrasins pendant cinq ans. Enfin, le comte de Toulouse, pour assurer l'accomplissement

de tous les articles du traité, se constitua prisonnier dans la tour du Louvre, jusqu'à ce que les murailles

de Toulouse, et de quelques autres villes et forteresses, eussent été détruites, comme on en était convenu,

et que Jeanne sa fille eût été remise entre les mains des envoyés de la régente, etc.

Ensuite de ce traité, le comte fit amende honorable dans l'église de Paris, pieds nus, et en chemise, en
présence du cardinal-légat et de tout le peuple de Paris.

Après cette paix conclue, on tint un célèbre concile à Toulouse pour réconcilier cette ville à l'Eglise. Il
fallut toutefois encore quelques années pour rétablir une parfaite tranquillité dans le pays, où il se fit de

temps en temps quelques soulèvemens par les intrigues du comte de la Marche et de quelques autres

seigneurs; mais elles n'eurent pas de grandes suites.

Ce que je viens de rapporter s'exécuta pendant la troisième année de la minorité du jeune roi, avec
beaucoup de gloire pour la reine régente, et beaucoup de chagrin pour les factieux, qui n'osant plus

s'attaquer directement au roi, résolurent de tourner leurs armes contre Thibaud, comte de Champagne,

pour se venger de ce qu'il les avait empêchés de se rendre maîtres de la personne de Louis.

Les factieux attaquent le comte de Champagne.

Le comte de Bretagne, auquel il ne coûtait pas plus de demander des grâces, que de s'en rendre indigne,
et le comte de la Marche, étaient toujours les chefs de cette faction, aussi bien que le comte de Boulogne,

qui, sans vouloir paraître d'abord et se mettre en campagne, se contenta de faire fortifier Calais et

quelques autres places de sa dépendance.

Entre les seigneurs ennemis du comte de Champagne, il y en eut quelques-uns qui, faisant céder la colère
où ils étaient contre lui, à leur haine et à leur jalousie contre la régente, proposèrent, pour la perdre, un

projet qu'ils crurent infaillible: ce fut de détacher de ses intérêts ce seigneur, qui, par sa puissance, était le

principal appui de la régente, et aurait été le plus redoutable ennemi qu'on pût lui susciter à cause de la

situation de ses états au milieu du royaume. Il fallait, pour cet effet, lui faire reprendre ses anciennes

liaisons. La comtesse de Champagne, Agnès de Beaujeu, était morte. Thibaud, jeune encore et n'ayant

qu'une fille, cherchait à se remarier: on lui offrit la princesse Iolande, fille du comte de Bretagne,

quoique, par le traité de Vendôme, elle eût été promise à Jean de France, frère du roi. Thibaud écouta

volontiers cette proposition. Après quelques négociations, l'affaire fut conclue, et le jour pris pour

amener la jeune princesse à l'abbaye du Val-Secret, près Château-Thierry, où la cérémonie du mariage

devait se faire. Le comte de Bretagne était en chemin pour venir l'accomplir, accompagné de tous les

parens de l'une et de l'autre maison.

Quoique cette affaire eût été tenue fort secrète, la régente toujours attentive aux moindres démarches des

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