bibliotheq.net - littérature française
 

Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

Un jour que le roi était présent à ces sortes de travaux, le sire de Joinville vint le trouver. Les huit mois
de son engagement étaient près d'expirer: «Sire de Joinville, lui dit le monarque du plus loin qu'il

l'apperçut, je ne vous ai retenu que jusques à Pâques: que me demandez-vous pour me continuer le

service encore un an? Je ne suis point venu, sire, répondit le seigneur champenois, pour telle chose

marchander: je demande seulement que vous ne vous courrouciez de chose que je vous demanderai, ce

qui vous arrive souvent: je vous promets, de mon côté, que de ce que vous me refuserez je ne me

courroucerai mie. Cette naïveté divertit beaucoup le roi, qui dit qu'il le retenait à tel convenant. Aussitôt

il le prend par la main, le mène à son conseil et lui rend compte de la condition du traité. Chacun se mit à

rire, et la joie fut grande de quoi il demeurait[1].»

[Note 1: Joinville, page 95.]

Cependant, quoique le roi eût peu de troupes, c'était pour lui un état bien pénible de demeurer toujours
sur la défensive et de ne s'occuper qu'à rebâtir des forteresses. Il avait néanmoins reçu de France

quelques renforts; mais ils n'étaient pas encore assez nombreux, joints avec les troupes qu'il avait, pour

tenir la campagne. Il résolut de faire une tentative sur Naplouse, qui était l'ancienne Samarie. Il proposa

son dessein aux seigneurs du pays, et aux chevaliers du Temple et de l'Hôpital, qui l'approuvèrent, lui

dirent qu'ils répondaient de la réussite; mais que, comme cette entreprise était périlleuse, ils le suppliaient

de les en charger sans exposer sa propre personne. Le roi dit qu'il en voulait être. On s'opiniâtra de part et

d'autre; et, comme d'un côté le roi était déterminé à prendre part au danger, et que de l'autre côté les

seigneurs croyaient que c'était trop risquer, on abandonna ce dessein.

Entreprise sur Belinas, ou Césarée de Philippe.

Peu de jours après, il leur proposa l'attaque de Belinas, autrefois Césarée de Philippe: la proposition fut
encore accordée, mais à la même condition que le roi n'y paraîtrait pas. Il se laissa vaincre cette seconde

fois, et confia à ses généraux la conduite de l'entreprise. Elle était hardie. La ville était bâtie à mi-côte sur

le mont Liban: elle avait trois enceintes de murailles, et plus haut, à la distance de près d'une demi-lieue,

était le château nommé Subberbe.

Les troupes partirent la nuit; et, le lendemain au point du jour, elles arrivèrent dans la plaine, au pied de
l'enceinte de Belinas. On partagea les attaques, et il fut résolu que ce qu'on appelait la bataille du roi, ou

les gendarmes du roi, c'est-à-dire ceux qui étaient à sa solde, se posteraient entre le château et la place;

qu'ils insulteraient de ce côté-là; que les chevaliers de l'Hôpital feraient l'attaque par la droite, et qu'un

autre corps, à qui l'histoire donne le nom de Terriers, donnerait l'assaut par la gauche, et les chevaliers du

Temple du côté de la plaine.

Chacun s'avança vers son poste. Le chemin par où il fallait que les gendarmes du roi marchassent était si
difficile que les chevaliers furent obligés de quitter leurs chevaux. En montant, ils découvrirent un corps

de cavaliers ennemis sur le haut de la colline, qui parut d'abord les attendre de pied ferme; mais, étonnés

de la résolution avec laquelle on venait à eux, ils s'enfuirent et se retirèrent vers le château. Cette fuite fit

perdre coeur aux habitans de la place; et, quoiqu'il fallût forcer trois murailles de ce côté-là pour y entrer,

ils l'abandonnèrent et se sauvèrent dans la montagne. On obtenait par cette fuite, sans coup férir, tout ce

que l'on prétendait: car on n'avait point ordre d'aller attaquer le château. Les chevaliers teutoniques, qui

étaient avec les gendarmes du roi, voyant que tout fuyait devant eux, se détachèrent malgré Joinville,

pour aller aux ennemis qui s'étaient ralliés devant le château. On n'y pouvait arriver que par des sentiers

fort longs et fort étroits, pratiqués alentour du rocher. Ils ne s'aperçurent de leur témérité que quand ils

furent engagés dans ces défilés. Ils s'arrêtèrent, prirent le parti de retourner sur leurs pas et de hâter leur

< page précédente | 88 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.