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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
envoya faire le dégât par quelques troupes, jusqu'à trois lieues près du camp du roi. Ce prince l'ayant appris, détacha Joinville avec quelques compagnies pour les aller chasser. Sitôt que les chrétiens parurent, les mahométans prirent la fuite; ils furent poursuivis; et en cette occasion, un jeune gentilhomme qui n'est pas nommé se conduisit bien courageusement. Après avoir abattu deux infidèles avec sa lance, voyant le commandant du parti ennemi venir fondre sur lui, il l'attendit; et, l'ayant blessé d'un grand coup d'épée, il l'obligea de tourner bride et de prendre la fuite.
Les émirs n'ayant pu passer jusqu'à Jaffe, envoyèrent faire leurs excuses au roi, et le prièrent de leur assigner un autre jour pour l'entrevue.
Le roi le leur marqua; mais les émirs ayant perdu une bataille contre le soudan de Damas, qui les alla chercher jusqu'en Egypte, ils firent la paix, et s'unirent avec lui contre le roi.
Parmi les deux cents chevaliers que le sire Jean de Vienne avait ramenés d'Egypte, il y en avait bien quarante de la cour de Champagne, tous deserpillés (sans habits) et mal atournés, c'est l'expression de Joinville[1], qui les fit vêtir à ses deniers, de cottes et de surcots de vair, et les présenta au roi pour l'engager à les prendre à son service. Quelqu'un du conseil entreprit de s'y opposer, sous prétexte qu'en l'état du prince, il y avoit excès de plus de sept mille livres. Joinville, emporté par sa vivacité, dit hautement «que la malle-aventure l'en faisoit parler; que le monarque manqueroit à ce qu'il se devoit s'il ne s'attachoit de si braves gens, qu'il y alloit de son intérêt, puisqu'il avoit besoin de troupes; et de sa gloire, puisque la Champagne avoit perdu trente-cinq chevaliers tous portant bannière, qui avoient été tués en combattant sous ses étendards.» Aussitôt il commença à pleurer. «Alors, dit-il, le roi me appaisa, retint tous ces seigneurs champenois et me les mit en ma bataille.»
[Note 1: Joinville, p. 89.]
Cependant on ne fut pas long-temps sans ressentir les suites de la réunion des émirs d'Egypte avec le soudan de Damas: car, sitôt que celui-ci fut guéri des blessures qu'il avait reçues à la bataille contre les émirs, il s'approcha de Jaffe à la tête de trente mille hommes, sans pourtant oser attaquer le camp du roi, dont les troupes étaient infiniment inférieures en nombre.
Le jour de saint Jean, pendant que le roi était au sermon, on vint l'avertir que les ennemis avaient investi le maître des arbalétriers[1], et qu'il était en danger d'être défait. Joinville demanda la permission d'aller le secourir, ce qui lui fut accordé avec cinq cents hommes d'armes. Dès que Joinville parut, quoique sa troupe ne fût pas comparable à celle des Sarrasins, ceux-ci lâchèrent le pied, prirent la fuite, et le maître des arbalétriers se retira sans perte avec Joinville.
[Note 1: Cet officier, qui dès lors jouissait d'une grande considération dans nos armées, avait le commandement de toute l'infanterie, dont les arbalétriers étaient les plus estimés, le surplus étant dans une médiocre considération, et fort au-dessous de la cavalerie, qui n'était composée que de noblesse.]
Il se donnait de temps en temps de petits combats, où les infidèles avaient ordinairement le désavantage mais le roi ne pouvait pas tenir la campagne avec le peu de troupes qu'il avait; tout ce qu'il pouvait faire était de se retrancher sous les places dont il faisait relever les murailles. Outre Jaffe, Césarée, et quelques autres moins considérables, il entreprit de rétablir Sidon, nommée alors Sajette. Les travaux étaient déjà fort avancés, lorsqu'un jour les Sarrasins la surprirent, y tuèrent environ deux mille chrétiens, ouvriers, domestiques ou paysans, et la rasèrent. Mais le roi ne se rebuta point; et, ayant fait recommencer ce travail, il en vint à bout avec une extrême dépense.
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