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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

observer qu'ils n'avaient fait jusqu'alors, le traité de Damiette, et que, s'ils continuaient à le violer, le
soudan pouvait être assuré qu'on se joindrait volontiers à lui pour venger la mort d'Almoadan. Ce fut en

partant pour cette ambassade, que ce bon religieux eut cette rencontre si merveilleuse, suivant Joinville,

d'une petite vieille femme, tenant d'une main un vase plein de charbons allumés, et de l'autre une cruche

remplie d'eau. Interrogée sur l'usage qu'elle en prétendait faire, elle répondit: «Que du feu elle voulait

brûler le Paradis, et avec l'eau éteindre l'enfer; afin, ajouta-t-elle, qu'on ne fasse jamais de bien en ce

monde par le motif de la crainte ou de l'espérance.» Nouvel exemple de l'enthousiasme de ces siècles

ignorans! Le Paradis n'est autre chose que Dieu lui-même et sa possession; ôtez cet Etre, vous ôtez toutes

les vertus.

Dans le même temps le roi envoya en Egypte, en qualité d'ambassadeur, Jean de Valence, gentilhomme
français, aussi distingué à l'armée par son courage, que dans le conseil par sa capacité. Cet envoyé, après

avoir représenté avec fermeté aux émirs les énormes infractions qu'ils avaient faites au traité de Damiette,

leur déclara que le roi, son maître, serait bientôt en état de les en punir si on ne lui en faisait pas raison, et

si l'on différait l'exécution des articles de ce traité. Les émirs, qui comprirent bien la pensée de l'envoyé,

lui répondirent qu'ils étaient résolus de donner au roi toute satisfaction, et le conjurèrent de l'empêcher de

se liguer avec le soudan de Damas; ajoutant que, s'il voulait au contraire traiter avec eux et faire

diversion sur les terres de ce soudan, ils lui feraient des conditions aussi avantageuses qu'il le

souhaiterait. Pour mieux marquer la résolution où ils étaient de le satisfaire, ils firent tirer sur-le-champ

des prisons, deux cents chevaliers, et un grand nombre de prisonniers, que Jean de Valence conduisit au

roi. Ils firent aussi embarquer avec l'envoyé, des ambassadeurs pour négocier avec le roi une ligue contre

le soudan de Damas. Louis, satisfait de voir déjà de si heureux fruits de son séjour en Palestine, dit aux

ambassadeurs qu'il ne pouvait point traiter avec les émirs, qu'avant toutes choses ils ne lui eussent

renvoyé les têtes des chrétiens qu'ils avaient exposées sur les murailles du Caire; qu'ils ne lui eussent

aussi remis entre les mains tous les enfans chrétiens qu'ils avaient pris, et auxquels ils avaient fait

renoncer Jésus-Christ; et enfin qu'ils ne le tinssent quitte des deux cent mille besans d'or qu'il ne leur

avait point encore payés. Le même seigneur de Valence fut encore chargé de cette négociation, et

retourna en Egypte avec les ambassadeurs.

Durant ces négociations, le roi alla à Césarée, à douze lieues d'Acre, sur le chemin de Jérusalem, en fit
relever les murailles que les Sarrasins avaient détruites, et la fit fortifier sans qu'ils s'y opposassent, parce

qu'ils savaient que les émirs d'Egypte le sollicitaient de se joindre à eux; et tandis que l'affaire était

encore en suspens, ils n'osaient rien faire qui pût lui déplaire et le déterminer à prendre le parti de leurs

ennemis. Il fit aussi ajouter de nouvelles fortifications à la ville d'Acre, élever des forteresses aux

environs: par ce moyen, il se mettait en état de soutenir vigoureusement la guerre contre le soudan de

Damas, au cas qu'il fût obligé de l'entreprendre.

Ambassade du prince des assassins à saint Louis.

Telles étaient les occupations du monarque lorsqu'il reçut une ambassade, qui fut pour lui une nouvelle
occasion de faire paraître cette grandeur d'ame qui le rendait si digne du trône qu'il occupait.

«Sire, lui dit le chef de cette députation, connaissez-vous monseigneur et maître le Vieux de la
Montagne? Non, répondit froidement Louis, mais j'en ai entendu parler. Si cela est, reprit l'ambassadeur,

je m'étonne que vous ne lui ayez pas encore envoyé des présens pour vous en faire un ami. C'est un

devoir dont s'acquittent régulièrement tous les ans l'empereur d'Allemagne, le roi de Hongrie, le soudan

de Babylone, et plusieurs autres grands princes, parce qu'ils n'ignorent pas que leur vie est entre ses

mains. Je viens donc vous sommer de sa part de ne pas manquer de le satisfaire sur ce point, ou du moins

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