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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
animé de l'esprit de Dieu.
[Note 1: Epist. S. Lud. de capt. et liber. suâ; apud Duch. Tome 5, p. 428.]
Il donne ses ordres pour lever des troupes.
Le saint monarque, sans être effrayé de la désertion presque générale de son armée, donna aussitôt ses ordres pour lever de nouvelles troupes; mais au bout d'un mois, on ne lui avoit encore fait recrue de chevaliers ne d'autres gens[1]. Surpris de cette négligence, il manda ce qui lui restait d'officiers principaux, surtout Pierre de Nemours ou de Villebeon, chambellan de France. «Pourquoi, leur dit-il d'un air courroucé, n'a-t-on pas exécuté la commission que j'avais donnée? Sire, répondit le chambellan, c'est que chacun se met à si haut prix, et particulièrement Joinville que nous n'osons pas promettre ce qu'on nous demande.» Le roi sur-le-champ fait appeler Joinville, qui se jeta aussitôt à ses genoux, fort alarmé, car il avait tout entendu. Louis, après l'avoir fait lever, lui commanda de s'asseoir: «Sénéchal, lui dit-il avec autant de majesté que de bonté, vous n'avez pas oublié sans doute la confiance et l'amitié dont je vous ai toujours honoré. D'où vient donc que vous êtes si difficile sur la paie quand il s'agit de vous engager à mon service? Sire, répliqua Joinville, j'ignore ce que vos gens ont pu vous dire; mais si je demande beaucoup, c'est que je manque de tout. Vous sçavez que lorsque je fus pris, il ne me demeura que le corps: ainsi ce m'est une chose impossible d'entretenir ma compagnie, si l'on ne me donne de bons appointemens. J'ai trois chevaliers portant bannières, qui me coûtent chacun quatre cents livres; il me faudra bien huit cents livres pour me monter, tant de harnois que de chevaux, et pour donner à manger à ces chevaliers, jusqu'au temps de Pâques. Or, regardez donc, sire, si je me fais trop dur. Alors compta le roi par ses doigts. Sont, fit-il, deux mille livres. Eh bien, soit, je vous retiens à moi: je ne vois point en vous d'outrage.»
[Note 1: Joinville, ibid.]
Joinville avait grand besoin de ce secours d'argent, car il n'avait plus que quatre cents livres, qui même avaient couru grand risque. Il les avait données en garde au commandeur du Temple, qui dès la seconde fois qu'il envoya prendre quelque chose sur cette somme, lui manda qu'il n'avoit aucuns deniers qui fussent à lui, et qui, pis est, qu'il ne le connoissoit point. Le sénéchal fit grand bruit, et publia partout que les Templiers étoient larrons. Le grand-maître, effrayé des suites de cette affaire, eut d'abord recours aux menaces; ensuite il jugea plus à propos de rapporter le petit trésor, et de fait le rendit: Dont je fus très-joyeux, ajoute Joinville, car je n'avois pas un pauvre denier; mais bien protestai de ne plus donner la peine à ces bons religieux de garder mon argent.
Le roi, après le départ des deux princes ses frères, ayant fait faire des levées de soldats, ne fut pas long-temps sans avoir un corps de troupes assez considérable pour se faire craindre par les différens partis qui s'étaient formés entre les Sarrasins, après la mort d'Almoadan, dernier soudan d'Egypte. La division qui s'était mise entre les différens émirs qui avaient partagé ses états, était encore une des raisons qui avaient déterminé le roi à différer son départ de la Palestine.
Ambassade du soudan de Damas au roi.
En effet, le soudan de Damas, cousin d'Almoadan, envoya une ambassade au roi, pour lui offrir de le laisser maître de tout le royaume de Jérusalem, s'il voulait se joindre à lui contre les Mamelucks. Le roi ayant entendu les ambassadeurs, leur donna de bonnes espérances, et fit porter sa réponse au soudan de Damas par un religieux de Saint-Dominique, nommé Yves-le-Breton. Cette réponse fut que le roi enverrait incessamment aux émirs d'Egypte pour savoir d'eux s'ils étaient déterminés à ne pas mieux
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