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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

empoisonnées, des lettres écrites en arabe, qui marquaient un engagement de livrer dans peu un grand
nombre de chrétiens aux infidèles.

Un second lieutenant de l'imposteur était passé en Angleterre, où il avait rassemblé cinq ou six cents
villageois; mais lorsqu'on y fut instruit de la manière dont les disciples du Hongrois avaient été traités en

France, ce lieutenant fut arrêté et mis en pièces par ceux mêmes qu'il avait séduits.

Telle fut la fin malheureuse des pastoureaux. La plus grande partie périt, ou par l'épée, ou par la main des
bourreaux: on n'en excepta que ces trop simples paysans dont on avait surpris la bonne foi. Les uns,

touchés d'un véritable repentir, allèrent expier leur égarement au service du roi dans la Terre-Sainte; les

autres, se voyant sans chef, regagnèrent comme ils purent leurs troupeaux et leurs charrues. Ainsi fut

dissipée une illusion, dont on comprend aussi peu l'accroissement prodigieux que la fin si subite.

Occupations du roi dans la Palestine.

Cependant, dès que le roi fut arrivé à Saint-Jean-d'Acre dans la Palestine, il s'empressa d'envoyer les
quatre cent mille besans d'or qui restaient à payer, tant pour retirer les malades et les effets qu'on avait dû

garder à Damiette, que pour racheter les captifs qu'on avait transférés au Caire, contre la foi des traités.

Mais ce voyage fut inutile: les ambassadeurs, après avoir essuyé toutes sortes de délais, rapportèrent une

partie de l'argent, et ne ramenèrent avec eux que quatre cents prisonniers, de plus de douze mille qu'ils

étaient. Les Sarrasins ne tardèrent pas à se repentir d'avoir délivré le roi à si bon marché. Ils avaient,

comme on l'a dit, brûlé toutes ses machines, pillé ses meubles, égorgé les malades. Il ne fut pas plus tôt

mis en liberté, qu'ils partagèrent entre eux les captifs qui furent traités avec la dernière barbarie. Cette

conduite des Egyptiens fit changer de face aux affaires.

Louis demande l'avis des seigneurs sur son retour en France.

Louis, vivement sollicité par les prières de la reine sa mère, avait résolu de retourner en France, où l'on
n'avait ni paix, ni trève avec le roi d'Angleterre. On commençait à craindre qu'il ne voulût profiter de

l'éloignement du monarque; car on connaissait la jalousie, l'ambition, la cupidité et l'humeur inquiète de

Henri; mais, d'un autre côté, la retraite du saint roi entraînait celle de tous les croisés qui ne pouvaient

manquer de le suivre, et désiraient, après tant de malheurs et de fatigues, de revoir encore leur patrie. Les

Templiers même, et les Hospitaliers, menaçaient de s'embarquer avec lui, s'il prenait le parti de les

abandonner. Ainsi la Palestine demeurait sans défense, ses habitans sans ressource, plus de dix mille

prisonniers sans espérance d'être rachetés.

Dans cette position difficile, il assembla les comtes de Poitiers et d'Anjou, le comte de Flandre, et tous
les seigneurs de l'armée.

«Madame la reine, ma mère, leur dit-il, me mande que mon royaume est dans un grand péril, et mon
retour très-nécessaire. Les peuples de l'Orient, au contraire, me représentent que la Palestine est perdue si

je la quitte, me conjurent de ne les point abandonner à la merci des infidèles, protestent enfin qu'ils me

suivront tous, si je veux les laisser à eux-mêmes. Ainsi je vous prie de me donner votre avis sur ce qu'il

convient de faire: je vous donne huit jours pour y penser.» Il ne lui échappa dans son discours aucune

parole qui pût faire connaître son dessein; mais la gloire de Dieu, l'intérêt de la religion, sa tendresse pour

des sujets malheureux qui gémissaient dans un dur esclavage, ne lui permettaient pas de balancer sur le

choix du parti qu'il avait à prendre.

Quand les huit jours furent expirés, l'assemblée se trouva encore plus nombreuse que la première fois.
Alors le seigneur Guy de Mauvoisin lui dit, au nom de tous les seigneurs français: «Sire, messeigneurs

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