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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
Sarmosac, ou Charmasac. Là, dit Joinville, il fut descendu au giron d'une bourgeoise de Paris[2]. Telle étoit sa foiblesse, que tous les cuidèrent voir passer, et n'espéroient point que jamais il pût passer celui jour sans mourir.
[Note 1: Joinville, page 77.]
[Note 2: Il faut croire que c'était apparemment une femme de Paris, qui, par quelque aventure extraordinaire, était établie dans cette ville si éloignée de sa patrie.]
Châtillon cependant qui veillait à la gloire et à la sûreté de ce prince, défendit long-temps seul l'entrée d'une rue étroite qui conduisait à la maison où était le roi. On voyait Châtillon tantôt fondre sur les infidèles, abattant et tuant tous ceux dont il avait pu prévenir la fuite par sa vitesse; tantôt faisant retraite pour arracher de son écu, de sa cuirasse, et même de son corps, les flèches et les dards dont ils étaient hérisses. Il retournait ensuite avec plus de furie, et se dressant sur les étriers, il criait de toute sa force: A Châtillon! chevaliers, à Châtillon! et où sont mes prud'hommes? Mais, en vain; personne ne paraissait. Accablé enfin par la foule, épuisé de fatigue, tout couvert de traits, et percé de coups, il tomba mort en défendant la religion et son roi. Ainsi périt Gaucher de Châtillon, jeune seigneur de vingt-huit ans. Heureux si, en s'immolant pour le bien public, il eût pu garantir des malheurs auxquels il fut exposé, un prince qui méritait de pareils sacrifices! Mais Dieu en avait autrement ordonné: il voulut que Louis donnât au monde le spectacle d'une autre sorte de gloire que les chrétiens seuls savent trouver dans les souffrances, l'opprobre et l'ignominie.
Cependant les restes de l'arrière-garde arrivèrent, toujours poursuivis, toujours faisant une vigoureuse résistance. Philippe de Montfort vint trouver le roi pour lui dire qu'il venoit de voir l'émir avec lequel on avoit traité d'une trève quelques jours auparavant, et que si c'étoit son bon plaisir, que encore derechef il lui en iroit parler. Le monarque y consentit, promettant de se soumettre aux conditions que le soudan avait d'abord demandées. Le Sarrasin ignorait l'état pitoyable où les croisés étaient réduits. Montfort connaissait l'impatience qu'avait le soudan de se voir en possession de Damiette. Tout ce qu'il avait vu faire aux Français lui donnait lieu de craindre que le courage, joint au désespoir, ne les portât à des choses plus grandes encore: il accepta donc la proposition, et voulut bien traiter de nouveau. La trève fut conclue à la satisfaction des deux parties. Montfort, pour assurance de la parole qu'il donnait, tira l'anneau qu'il avait au doigt, et le présenta à l'émir, qui le reçut. Déjà ils se touchaient dans la main, lorsqu'un traître[1], mauvais huissier, dit Joinville, nommé Marcel, commença à crier à haute voix: Seigneurs, chevaliers françois, rendez-vous tous, le roi vous le mande par moi, et ne le faites point tuer. A ces mots, la consternation fut générale: on crut que le monarque était en effet dans un grand danger; chacun rendit ses bâtons et harnois. L'émir ne fut pas long-temps à s'apercevoir d'un changement si soudain; et voyant que de tous côtés on emmenait prisonniers les gens du roi, il dit au malheureux Montfort qu'on ne faisait point de trève avec un ennemi vaincu, et le força lui-même de rendre les armes.
[Note 1: Joinville, p. 62.]
En même temps l'un des principaux émirs, nommé Gemaledin, entra dans Charmasac avec un corps considérable de troupes; et trouvant le roi environné de gens qui songeaient bien moins à le défendre qu'à l'empêcher d'expirer, il se saisit de sa personne et de tous ceux qui s'empressaient à la soulager: les deux princes ses frères, Alphonse et Charles, tombèrent aussi entre les mains des infidèles. Ce qu'il y a de certain, c'est que tous ceux qui se retiraient par terre, seigneurs ou simples soldats, subirent le même sort; les uns plus tôt, les autres plus tard, tous furent tués ou pris. L'oriflamme, tous les autres drapeaux, tous
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