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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
seigneurs ne savaient pas même signer leur nom), qu'il entendait très-bien le latin de l'Ecriture-Sainte, et les ouvrages des Pères de l'Eglise, qui ont écrit dans cette langue.
Pour ce qui est de l'histoire, il savait celle des rois ses prédécesseurs, rapportée dans les chroniques particulières de leurs règnes, qui, quoique très-imparfaites, nous ont néanmoins conservé les actions les plus mémorables des princes des deux premières races de la monarchie. On y trouve la connaissance de leurs vertus et de leurs défauts, qui fournissait des exemples pour apprendre à pratiquer les unes et éviter les autres.
On lui proposa surtout pour modèle le roi Philippe-Auguste, son aïeul, un des plus grands rois de la monarchie. Ce prince était monté sur le trône, dans un âge à peu près pareil à celui de Louis, et dans les mêmes circonstances. La reine Blanche, sa mère, lui fit prévoir le mauvais effet que pouvait produire l'idée de sa jeunesse sur les esprits mutins et brouillons de son royaume. Elle s'appliqua à lui faire éviter les défauts des jeunes gens de son âge, et surtout l'inapplication, l'amour de l'oisiveté et du plaisir. Elle lui donna connaissance de toutes les affaires; elle ne décida jamais rien d'important sans le lui communiquer; et, dans les guerres qu'elle eut à soutenir, elle le fit toujours paraître à la tête de ses troupes, accompagné des seigneurs les plus braves et les plus expérimentés.
La reine se donnait en même temps de pareils soins pour l'éducation de ses autres enfans. Ils étaient quatre; savoir: Robert, qui fut depuis comte d'Artois; Jean, comte d'Anjou; Alfonse, comte de Poitiers, et Charles, comte de Provence. Chacun recevait les instructions dont son âge pouvait être capable. L'exemple de leur frère aîné leur donnait une émulation qui les excitait à lui ressembler, en acquérant les mêmes connaissances, et pratiquant les mêmes vertus.
La reine Blanche réussit encore à persuader à ses enfans, que leur plus grand bonheur dépendait de la parfaite union qui devait régner entre eux: ils profitèrent si bien des avis de cette sage mère, que ces princes furent pénétrés toute leur vie, pour le roi, leur frère aîné, de cette amitié tendre et respectueuse qui fait ordinairement la félicité des supérieurs et des inférieurs; comme, de sa part, Louis les traita toujours avec la plus grande bonté, moins en roi qu'en ami. Lorsque ses frères commencèrent à être capables d'occupations sérieuses, il les admit dans ses conseils; il les consultait dans les affaires qui se présentaient, et prenait leur avis. Ils commandaient dans ses armées des corps particuliers de troupes, à la tête desquels ils ont très-souvent fait des actions dignes de la noblesse de leur naissance. Ils étaient, pour ainsi dire, les premiers ministres du roi. Ils partageaient avec lui les fonctions pénibles de la royauté, et contribuaient unanimement à la gloire de l'Etat et au bonheur des peuples.
Pendant que la reine Blanche donnait tous ses soins à l'éducation de ses enfans, elle était encore occupée à rendre inutiles les nouvelles entreprises des esprits brouillons, et surtout de ceux dont je viens de parler. Ils n'étaient pas rentrés sincèrement dans leur devoir; ils avaient été forcés par la prudence et l'activité de la régente de se soumettre, et les grâces qu'elle leur avait fait accorder par le roi, au lieu de les satisfaire, n'avaient fait qu'augmenter le désir d'en obtenir de nouvelles.
L'union de Philippe, comte de Boulogne, oncle du roi, avec la reine régente, était pour eux un frein qui les arrêtait: ils entreprirent de le rompre, et ils s'y prirent de la manière qu'il fallait pour y réussir. Ils lui firent représenter qu'étant celui de tous les princes qui, après les frères du roi, était son plus proche parent, étant fils de Philippe-Auguste, c'était un affront pour lui que la régence du royaume fût en d'autres mains que les siennes, et surtout en celles d'une femme, et d'une femme étrangère qui, par ces deux raisons, devait être exclue du gouvernement du royaume de France: ils l'assurèrent de leurs services pour soutenir son droit, s'il voulait le faire valoir.
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