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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

l'un de ses chapelains, rapporte qu'étant allé exhorter à la mort un ancien valet-de-chambre du roi,
nommé Gaugelme, fort homme de bien, serviteur fidèle et très-chéri: «J'attends mon saint maître, dit le

moribond. Non, je ne mourrai point que je n'aie eu le bonheur de le voir.» Il arriva en effet dans le

moment; et, à peine fut-il sorti, que le malade expira dans les sentimens de la plus parfaite résignation.

Mais l'événement ne justifia que trop ce que tout le monde avait prévu. Le saint roi fut attaqué du même
mal, avec une violente dyssenterie, et son courage, qui l'avait soutenu jusque-là contre tant de fatigues,

céda enfin à la contagion de l'air et à la délicatesse de sa complexion; il se vit réduit tout à coup à une

extrême faiblesse.

Dans cette extrémité, on prit la résolution de quitter ce camp et de faire retraite vers Damiette. C'était une
chose très-difficile. Les Sarrasins qui voyaient bien que l'armée chrétienne serait forcée de prendre ce

parti, avaient une armée toute prête à charger l'arrière-garde durant la marche, et ce n'était pas là le plus

grand danger.

Il y avait du camp à Damiette près de vingt lieues, et il fallait les faire à travers une multitude
innombrable d'ennemis qui gardaient tous les passages; mais c'était une nécessité, il fallut tout hasarder.

Avant que le roi se mît en marche, il fit passer tous les malades et tous les bagages; il les suivit étant
malade lui-même, et confia l'arrière-garde à Gaucher de Châtillon. Au premier mouvement que fit

l'armée, les ennemis chargèrent l'arrière-garde, et prirent le seigneur Errart de Valery; mais il fut repris

par Jean son frère, et ils n'osèrent plus revenir. Dès que l'armée eut passé la rivière du Thanis, et que le

roi se fut joint au camp du duc de Bourgogne, il fit embarquer sur ce qui lui restait de vaisseaux les

malades et les blessés, avec ordre de descendre la rivière, et de regagner Damiette. Plusieurs compagnies

d'archers furent commandées pour les escorter: il y avait un grand navire sur lequel se mit le légat avec

quelques évêques. Tous les seigneurs conjurèrent le roi d'y monter aussi; mais, quoique très-faible, et

pouvant à peine se soutenir, «il protesta qu'il ne pouvait se résoudre à abandonner tant de braves gens qui

avaient exposé si généreusement leur vie pour le service de Dieu et pour le sien; qu'il voulait les ramener

avec lui, ou mourir prisonnier avec eux.»

Il marcha donc à l'arrière-garde que commandait toujours l'intrépide Châtillon; et, de tous ses gendarmes,
Louis ne retint avec lui que le seul Geoffroi de Sargines. L'état où sa maladie l'avait réduit ne lui permit

pas de se charger de tout l'attirail de la guerre, qui était alors en usage. Il était monté sur un cheval de

petite taille, dont l'allure douce s'accommodait davantage à sa faiblesse, sans casque, sans cuirasse, sans

autres armes que son épée. L'armée avait fait peu de chemin, lorsqu'elle se vit harcelée par les troupes

sarrasines, qui tombaient de toutes parts sur elle, sans néanmoins s'engager au combat. Guy Duchâtel,

évêque de Soissons, de la maison de Châtillon, ne pensant qu'à périr glorieusement, s'abandonna dans

une de ces escarmouches au milieu des ennemis: et, après en avoir tué un grand nombre de sa main, il

trouva enfin cette glorieuse mort qu'il cherchait en combattant pour Jésus-Christ. On croyait alors que les

canons qui défendent aux ecclésiastiques de manier les armes, ne s'étendaient pas jusqu'aux guerres

saintes, et que les pasteurs qui quittaient leur troupeau pour courir après les loups, étaient en droit de les

tuer.

Châtillon et Sargines montrèrent plus de conduite sans faire paraître moins de valeur; ils soutinrent,
presque seuls, tout l'effort des barbares. Le saint roi ne cessait, depuis, de faire en toutes rencontres

l'éloge de ces deux guerriers, et disait que jamais il n'avait vu de chevaliers faire tant et de si vaillans

exploits pour le défendre dans cette fâcheuse extrémité. Ce fut ainsi que les deux intrépides chevaliers

conduisirent le monarque jusqu'à une petite ville nommée par Joinville Casel[1], et par d'autres

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