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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

en fit faire la proposition au roi qui l'accepta. On convint d'un lieu où les députés s'assembleraient, et le
roi y envoya, entr'autres, Geoffroi de Sargines.

On convint que le roi rendrait la ville de Damiette, et que le soudan le mettrait en possession de tout le
royaume de Jérusalem; que tous les malades et blessés de l'armée seraient transportés à Damiette; qu'on y

pourvoirait à leur sûreté jusqu'à ce qu'ils fussent rétablis, et en état de partir; que le roi en retirerait toutes

les machines de guerre qui lui appartenaient; que les Sarrasins laisseraient emporter aux Français tous les

magasins de chair salée qu'ils y avaient faits, et qu'ils pourraient, après avoir évacué la place, en tirer des

provisions à un prix raisonnable.

Quand ce traité eut été conclu, le soudan demanda des otages pour assurance de l'exécution. On offrit de
lui donner un des deux frères du roi, le comte d'Anjou ou le comte de Poitiers.

Les Mahométans le refusèrent: soit que le soudan n'eût commencé à traiter avec les chrétiens que pour
les amuser, soit qu'il crût que l'extrémité où ils étaient réduits les amenerait aux plus dures conditions, il

protesta qu'il n'accepterait d'autre otage que la personne du roi même. A ces mots, le bon chevalier

Geoffroi de Sargines fut saisi d'une noble colère. «On doit assez connaître les Français, dit-il avec

indignation, pour les croire prêts à souffrir mille morts, plutôt que de livrer leur prince entre les mains de

ses ennemis. Ils aimeroient beaucoup mieux que les Turcs les eussent tous tués, qu'il leur fût reproché

qu'ils eussent baillé leur roi en otage
.» Peu s'en fallut que tout le conseil ne fît paraître autant de
chaleur contre le monarque lui-même. Il voulait qu'on lui permît de se sacrifier pour le salut de son

peuple. Tous, au contraire, demandaient à mourir pour lui: rare espèce de combat, aussi glorieux pour le

souverain qui, cette fois, ne fut pas le maître, que pour les sujets qui, dans cette occasion, se firent un

devoir de désobéir. Ainsi, toute négociation fut rompue.

Cependant on ne vit jamais d'armée accablée en même temps de plus de maux et de misères que l'était
celle des chrétiens. Les maladies se mirent dans tous les quartiers, et principalement le scorbut et les

fièvres malignes, causées par les extrêmes chaleurs. Mais ce qui augmenta la corruption de l'air, fut

l'infection des corps qui avaient été jetés dans la rivière, après les deux batailles, et qui, au bout de neuf

ou dix jours, revenant sur l'eau, s'arrêtèrent au pont de communication du camp du roi avec celui du duc

de Bourgogne, répandant fort loin une odeur insupportable.

On eût remédié à ce mal, si on avait rompu le pont; mais on n'avait garde de prendre cet expédient qui
aurait séparé les deux camps. Le roi paya cent hommes pour faire passer les cadavres par-dessous le

pont, et ce travail dura huit jours, parce que ce prince, par piété, voulut qu'on démêlât, pour les faire

inhumer, les corps des chrétiens d'avec ceux des Mahométans. Cette peine qu'on se donna à remuer tous

ces corps déjà pourris, et qui dura si long-temps, ne servit qu'à empester l'air davantage. Nul de ceux qui

y furent occupés ou présens, ne manqua d'être frappé de maladie; un très-grand nombre en mourut, et le

camp ne fut plus qu'un hôpital ou un cimetière. Pour comble de malheur, la famine suivit de près toutes

ces misères. Les Sarrasins enlevaient tous les convois que la reine faisait embarquer à Damiette. Rien ne

venait par terre. Les vivres, en peu de jours, furent à un prix excessif. Cette épreuve ne put vaincre la

constance et la charité du saint roi; il ne parut jamais plus grand que dans cette cruelle extrémité.

La bonne fortune n'avait point élevé son coeur, la mauvaise ne fut point capable de l'abattre. Il donnait
ordre à tout; il voyait tout par lui-même. En vain les seigneurs de sa suite lui représentèrent qu'il exposait

sa vie, en visitant chaque jour des malheureux attaqués d'un mal pestilentiel; ils n'en reçurent d'autre

réponse, sinon qu'il n'en devait pas moins à ceux qui s'exposaient tous les jours pour lui. Il leur portait

des médicamens, les soulageait de son argent, les consolait par ses exhortations. Guillaume de Chartres,

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