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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

aussitôt vers eux et les délivra, après avoir dissipé les ennemis.

Cependant le roi parut en bataille sur le haut d'une colline, d'où il vint fondre, avec un grand bruit de
trompettes, de tambours et de timbales, sur l'armée sarrasine, qu'il fit attaquer l'épée et la lance à la main:

la charge fut terrible, mais elle fut courageusement soutenue. Ce vaillant prince, monté sur un grand

cheval de bataille, était dans l'impatience de charger lui-même; mais, par le conseil du seigneur Jean de

Vallery, grand capitaine, et très-expérimenté, il s'avança vers la droite, pour s'approcher du Nil. Les

Sarrasins dont les troupes grossissaient toujours, firent aussi approcher leur aile gauche de la rivière. Le

choc fut rude en cet endroit; quelques escadrons français plièrent. Ils abandonnèrent le roi, et s'enfuirent

vers le camp du duc de Bourgogne; mais, comme leurs chevaux étaient extrêmement fatigués, la plupart

portèrent la peine de leur lâcheté, en se noyant dans la rivière qu'il fallait passer pour gagner le camp.

Bientôt tout retentit de la nouvelle du danger où était le roi. Le connétable de Beaujeu, qui était à la tête
de six cents cavaliers, délibéra avec Joinville sur ce qu'il y avait à faire pour lui donner du secours; mais

s'apercevant que, pour aller droit à lui, il fallait percer un corps d'environ deux mille Sarrasins, qui était

entre eux et le roi, et qu'il aurait été difficile de rompre, ils résolurent de prendre un détour pour les

éviter. Ils trouvèrent sur leur route un ruisseau sur lequel il y avait un petit pont. Quand ils y furent

arrivés, Joinville fit remarquer au connétable l'importance de garder ce passage, parce que si les ennemis

s'en rendaient maîtres, ils pourraient, vu le grand nombre de leurs troupes, venir prendre l'armée en flanc,

et envelopper le roi. Le connétable approuva la sagesse de ce conseil; il laissa Joinville dans ce poste,

avec le comte de Soissons, le seigneur Pierre de Noville, et environ cinquante gentilshommes, et alla

joindre le roi.

Il le trouva faisant des choses si prodigieuses, qu'il aurait fallu en être témoin pour les croire. On le
voyait partout, soit pour soutenir ses gens lorsqu'ils chancelaient, soit pour achever de rompre les

ennemis lorsqu'ils commençaient à plier. Une fois son ardeur l'emporta si loin des siens, qu'il se vit tout à

coup seul au milieu de six Sarrasins qui tenaient les rênes de son cheval, et s'efforçaient de l'emmener

prisonnier; mais il fit de si grands efforts de la masse et de l'épée, que les ayant tous tués ou mis hors de

combat, il était déjà libre lorsqu'on arriva pour le dégager. C'est à cette valeur plus qu'humaine,

dit Joinville, que l'armée fut redevable de son salut, et je crois que la vertu et la puissance qu'il avoit

lui doubla lors de moitié par le pouvoir de Dieu
.

Ce brave sénéchal, de son côté, campé sur son pont avec sa petite troupe, faisait si bonne contenance que
les infidèles n'osèrent l'attaquer que de loin, et à coups de traits: il y reçut cinq blessures, et son cheval

quinze. Telle était l'intrépidité de ces anciens preux, qu'au milieu de tant de périls, la bravoure de ces

seigneurs leur permettait encore de se réjouir et de plaisanter. Un jour, quand nous fûmes

retournés
, dit Joinville[1], de courir après ces vilains, le bon comte de Soissons se railloit avec
moi, et me disoit: Sénéchal, laissons crier et braire cette quenaille, et par la creffe Dieu, ainsi qu'il juroit,

encore parlerons-nous, vous et moi, de cette journée, en chambre, devant les dames
. Quelque temps
après, le connétable revint avec les arbalétriers, qu'il rangea le long du ruisseau, ce qui fit perdre aux

ennemis toute espérance de forcer le passage: aussitôt ils s'enfuirent, et laissèrent les croisés en paix.

[Note 1: Joinville, p. 17.]

Alors Joinville, par ordre du connétable, alla joindre le roi, qui, vainqueur partout, se retirait dans son
pavillon. Le fidèle sénéchal lui ôta son casque, qui l'incommodait par sa pesanteur, et lui donna son

chapel de fer, qui étoit beaucoup plus léger, afin qu'il eût vent
. Ils marchèrent ensemble, s'entretenant
de cette malheureuse journée, lorsque le prieur de l'hôpital de Ronnay vint lui baiser la main toute armée,

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