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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
infidèles s'étant ralliés en divers endroits, vinrent fondre sur lui. Il était peu accompagné; une partie de ses gens s'était arrêtée dans la ville pour piller. Bondocdar, un des chefs des Mamelucks, ayant chargé avec beaucoup de vigueur le comte d'Artois, le força de rentrer dans Massoure, et l'y poursuivit. Le comte se jeta dans une maison, où il fut investi. Les habitans, et les soldats ennemis qui s'étaient cachés dans la première déroute, se voyant secourus, reprennent courage, et des fenêtres des maisons où ils s'étaient barricadés, ils lançaient des javelots, des flèches, des pierres, du feu grégeois, de l'eau bouillante, et tout ce qui leur venait sous les mains. L'infortuné comte d'Artois, désespéré de voir tant de braves gens périr par sa faute, fit des actions de valeur qui auraient mérité d'avoir toute la terre pour témoin. Mais que pouvait-il seul contre cette multitude d'ennemis? Le comte de Salisbery, Raoul de Coucy, Robert de Verd, et un grand nombre d'autres braves, venaient d'expirer sur des monceaux de morts et de mourans. Le prince lui-même, accablé par le nombre, tombe percé de mille coups. Guerrier aussi courtois que vaillant, dit un auteur du temps[1], digne frère de Louis, par toutes les vertus dont il était orné, mais d'une hauteur de courage qui, dégénérant en témérité, causa bien des malheurs. La gloire et les circonstances de ses derniers momens effacent en quelque sorte cette tache. Il fut regretté de tout le monde, et il méritait de l'être. C'est la seule faute que l'histoire lui reproche. Le grand-maître du Temple, après avoir perdu un oeil dans ce combat, se fit jour au travers des ennemis, et se sauva de Massoure avec quelques-uns de ses gens, ayant laissé morts dans cette place deux cent quarante de ses chevaliers. Le comte Pierre de Bretagne, aussi dangereusement blessé, se sauva, quoique poursuivi par plusieurs infidèles qui n'osèrent jamais l'approcher, étonnés de l'intrépidité avec laquelle il s'arrêtait pour les attendre, et leur insultait même par des paroles de raillerie.
[Note 1: Mouskes, évêque de Tournay, p. 93.]
Tandis que cette sanglante scène se passait à Massoure, on vint avertir le roi du péril où était le comte d'Artois. Ce fut le connétable de Beaujeu qui lui porta cette triste nouvelle. «Connétable, s'écria le monarque, courez-y avec tout ce que vous pourrez rassembler de braves, et soyez sur que je vous suivrai de près.»
Mais le corps d'armée que Bondocdar avait posté entre celle du roi et la ville, et qui s'augmentait de moment en moment par le retour et le ralliement des fuyards, s'opposait à ce secours. Les ennemis même faisaient paraître une contenance plus assurée qu'à l'ordinaire, et semblaient vouloir réparer la honte de leur première fuite. Outre le corps dont j'ai parlé, on voyait encore de tous côtés, sur les hauteurs et dans la campagne, diverses troupes qu'il était dangereux de laisser grossir davantage. C'est pourquoi le roi et le connétable firent avancer promptement les bataillons et les escadrons, pour se saisir de quelques postes avantageux, et charger les ennemis dans les endroits où ils ne paraissaient pas en ordre de bataille. Le sire de Joinville fut un des premiers qui donna sur une de ces troupes; ayant devancé ceux qui le suivaient, il aperçut un Sarrasin d'une taille gigantesque qui mettait le pied à l'étrier pour monter à cheval: Je lui donnai, dit Joinville, de mon épée sous l'aisselle, tant comme je pus la mettre en avant, et le tuai tout d'un coup. Mais s'étant un peu trop abandonné à la poursuite des ennemis, il fut coupé par près de six mille Sarrasins qu'il aperçut trop tard, qui vinrent fondre sur son escadron. Le seigneur de Trichâteau, qui portait la bannière, fut tué. Raoul de Vainon fut pris, mais délivré aussitôt par Joinville. Ceux qui l'accompagnaient ayant serré leur escadron, se firent jour l'épée à la main pour gagner une maison voisine, et s'y défendre. Ils étaient la plupart démontés, et furent chargés dans leur retraite: un escadron entier passa sur le corps de Joinville, qui ne fut point pris, parce qu'on le crut mort; il se releva, et gagna la maison avec ses chevaliers. Les infidèles revinrent pour les y forcer, et le combat recommença. Les seigneurs d'Escossé, Raoul de Vainon, l'Oppey et Sugerai y furent blessés: celui-ci fut envoyé par Joinville au comte d'Anjou, qui était le plus à portée de les secourir. Ce prince s'avança
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