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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

France, soeur du roi. Il fut encore convenu que le roi ne pourrait faire la paix avec le roi d'Angleterre,
sans y comprendre le comte. Celui-ci, de sa part, céda ses prétentions sur le Bordelais et sur la ville de

Langès, moyennant une somme d'argent payable en plusieurs années, en dédommagement du douaire de

la reine d'Angleterre, femme du comte, saisi par les Anglais.

A l'égard du comte de Bretagne, il fut convenu qu'Iolande, sa fille, épouserait Jean de France, frère du
roi; que, jusqu'à ce que Jean eût atteint vingt-un ans (il n'en avait alors que huit), le comte de Bretagne

aurait la possession d'Angers, de Beaugé, de Beaufort et de la ville du Mans; qu'il donnerait en dot à sa

fille, Bray, Châteauceau, avec les châteaux de Beuvron, de la Perrière et de Bellesme, à condition qu'il

jouirait de ces trois dernières places le reste de sa vie, et quil ne ferait aucune alliance avec Henri, roi

d'Angleterre, ni avec Richard, son frère. Aussitôt après ce traité, le comte de Bretagne, pour prouver son

attachement aux intérêts du roi, marcha avec Imbert de Beaujeu, connétable de France, contre Richard,

frère du roi d'Angleterre, l'empêcha de rien entreprendre sur les terres de France, et l'obligea de se retirer.

Le roi d'Angleterre sollicita en vain les seigneurs de Normandie, d'Anjou et du Poitou, de prendre les

armes en sa faveur; mais, comme aucun d'eux n'osa se déclarer, il fut obligé de faire une trève pour un

an, qu'il obtint par la médiation du pape Grégoire IX, qui venait de succéder à Honoré III.

Les choses étant ainsi pacifiées, la régente renouvela les traités faits sous les précédens règnes, avec
l'empereur Frédéric II, et avec Henri son fils, roi des Romains, par lesquels ils s'engageaient à ne prendre

aucune liaison avec l'Angleterre contre la France. Elle employa tous ses soins pour se maintenir en bonne

intelligence avec les princes alliés de la France, pour s'attacher le plus qu'elle pourrait de seigneurs

vassaux de la couronne, et elle fut toujours attentive à prévenir et arrêter, dans leur naissance, les

entreprises des esprits brouillons; car elle ne devait pas compter qu'ils en demeurassent à une première

tentative; ils en avaient tiré trop d'avantages, et l'esprit de faction s'apaise bien moins par les bienfaits,

qu'il ne s'anime par l'espérance d'en extorquer de nouveaux.

Education de Louis.

Quoique la conduite des affaires de l'état donnât beaucoup d'occupation à la reine régente, cependant elle
savait encore trouver assez de temps pour donner ses soins à l'éducation du prince son fils, à laquelle elle

présidait elle-même. Les historiens contemporains ont négligé de nous apprendre quel était le gouverneur

de Louis: nous devons croire que la reine en faisait les principales fonctions. Nous ignorons aussi le nom

et les qualités de son précepteur, qu'on ne lui donna que fort tard, suivant l'usage de ce temps-là; mais,

quel qu'il fût, il est certain que les voies lui étaient bien préparées par les soins que la reine régente en

avait déjà pris. Nous voyons dans les Mémoires du sire de Joinville, auteur contemporain et confident de

Louis, qu'elle n'épargna rien pour mettre auprès de son fils les personnes les plus capables pour la vertu

et pour la science. De la part du jeune prince, la docilité, la douceur, le désir de profiter, la droiture de

l'esprit, et surtout celle du coeur, rendaient aisée une fonction si épineuse et si difficile. La reine s'attacha

surtout à l'instruire, dès son bas âge, de la connaissance de Dieu, et des véritables vertus dont il est le

modèle. Aussi n'oublia-t-il jamais ce que sa mère lui avait dit un jour, lorsqu'il était encore jeune:

Mon fils, vous êtes né roi; je vous aime avec toute la tendresse dont une mère est capable; mais j'aimerais

mieux vous voir mort, que de vous voir commettre un péché mortel.
Il grava ces instructions si
profondément dans son coeur, qu'il donna toujours à l'exercice de la religion et à la retraite, les momens

qu'il dérobait aux fonctions de la royauté.

On n'oublia pas en même temps de lui procurer les instructions qui peuvent contribuer à former l'esprit,
mais, selon qu'on le pouvait faire dans ce siècle-là, où l'ignorance était prodigieuse, même parmi les

ecclésiastiques. On rapporte comme un éloge de ce prince, qu'il savait écrire (car les plus grands

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