bibliotheq.net - littérature française
 

Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

une forte garnison, et l'armée se mit ensuite en marche. L'armée du roi, augmentée des troupes que le
comte de Poitiers avait amenées, et des autres renforts qu'il avait reçus de la Palestine, était de soixante

mille hommes, parmi lesquels étaient vingt mille cavaliers.

De si nombreuses troupes, si la discipline et l'obéissance y avaient égalé la bravoure, étaient plus que
suffisantes pour la conquête entière de l'Egypte. On fit remonter le Nil à la flotte que côtoyaient les

troupes de terre, jusqu'à l'endroit où le bras le plus oriental du Nil se sépare de celui sur lequel était située

Damiette.

Pendant qu'on était en marche, cinq cents cavaliers sarrasins des mieux montés, faisant semblant de
déserter de l'armée du soudan, vinrent se rendre au roi, qui les crut trop légèrement, défendit de leur faire

aucun mal, et leur permit de marcher en corps avec l'armée. Un jour qu'ils crurent avoir trouvé l'occasion

favorable, ils attaquèrent les Templiers, dont la brigade marchait à la tête de l'armée; ils renversèrent un

de leurs chevaliers aux pieds du maréchal Renaut de Bichers: mais ceux-ci s'étant mis en défense, les

chargèrent si vigoureusement que pas un seul de ces traîtres n'échappa. Ils furent tous pris, tués ou noyés

en voulant traverser le fleuve. Les Sarrasins firent encore quelques tentatives, et il est parlé dans leurs

histoires d'un combat où l'un de leurs émirs, appelé Magelas, fut tué, avec beaucoup de perte de leur part,

et très-peu du côté des chrétiens.

Le roi étant arrivé à la pointe qui sépare les deux bras du Nil, s'y arrêta et y établit son camp, tant pour y
faire reposer l'armée, que pour délibérer sur la manière dont on pourrait passer le bras oriental de la

rivière, qu'on appelait alors le Thanis, parce que l'armée du soudan était campée fort proche de l'autre

côté, à peu de distance d'une ville appelée Massoure.

L'armée du soudan était très-nombreuse, toutes les forces de l'Egypte s'y étant rassemblées, sur les
nouvelles de l'approche de l'armée des croisés, qui avait répandu la terreur dans tout le pays; de sorte que,

dans la grande mosquée du Caire, on exhorta tous les Musulmans à prendre les armes pour la défense de

la religion mahométane, qui n'avait jamais été dans un plus grand péril.

Les premiers exploits qu'on avait vu faire aux Français à leur débarquement, la perte de Damiette, la
maladie du soudan qui augmentait tous les jours, étaient pour les Mahométans de terribles présages de ce

qu'ils avaient a craindre d'une armée victorieuse, à laquelle rien ne paraissait impossible; et ils voyaient

bien que si elle passait une fois le Thanis, tout était perdu. Ces motifs obligèrent le soudan de faire des

propositions de paix qui paraissaient si avantageuses, qu'il semblait qu'on ne pouvait les rejeter. Il envoya

proposer au roi de le mettre en paisible possession de tout ce qu'avaient possédé autrefois les rois de

Jérusalem, de donner la liberté à tous les chrétiens captifs dans son empire, et même de lui laisser

Damiette avec ses environs.

Ces offres étaient en effet telles qu'on n'eût pas balancé pour les accepter, si l'on eût pu s'assurer de
l'exécution; mais cette incertitude, et les difficultés qu'on y prévoyait, les firent refuser; et quand on les

aurait acceptées, la mort du soudan, qui arriva dans ce temps-là, y aurait fait naître de nouveaux

obstacles.

Cette mort, comme il l'avait fort recommandé, fut tenue secrète, pour donner le temps à son fils
Almoadan, qui était en Mésopotamie, de venir prendre possession de ses états. Il mit même entre les

mains de deux de ses ministres, auxquels il se fiait le plus, un grand nombre de blancs-signes, afin

d'envoyer partout des ordres sous son nom jusqu'à l'arrivée de son fils. Il chargea du gouvernement

Secedum Facardin, général de son armée. Cet homme passait pour le plus vaillant et le plus sage de

< page précédente | 58 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.