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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

Il entra dans la ville en procession, pieds nus, avec la reine, les princes ses frères, le roi de Chypre et tous
les seigneurs de l'armée, précédés par le légat, le patriarche de Jérusalem, les évêques, et tout le clergé du

camp. On alla de cette manière jusqu'à la principale mosquée, que le légat purifia et réconcilia avec les

cérémonies ordinaires de l'Eglise, à la mère de Dieu, à laquelle elle avait été dédiée par le roi Jean de

Brienne, lorsqu'il avait pris Damiette, quelques années auparavant.

Il eût été à souhaiter que les sentimens de piété que tous les croisés témoignèrent en cette occasion,
eussent été aussi constans qu'ils le furent toujours dans le coeur du roi même: la prospérité en eût sans

doute été par la suite la récompense, au lieu des malheurs dont Dieu châtia leurs débauches et les autres

excès auxquels ils s'abandonnèrent, malgré les ordres, les exhortations et l'exemple d'un prince qui n'était

pas toujours aussi exactement obéi qu'il l'eût souhaité et qu'il le méritait.

On fut obligé de s'arrêter à Damiette, non-seulement pour attendre les vaisseaux dispersés par la tempête,
et qui arrivèrent heureusement les uns après les autres, mais encore à cause de l'accroissement du Nil, qui

se fait au mois de juin, où l'on se trouvait alors. L'exemple du roi Jean de Brienne, qui s'était

malheureusement engagé au milieu de l'inondation, après la première prise de Damiette, fit prendre cette

sage précaution.

Ce fut dans ce séjour et le repos si fatal à l'armée chrétienne, que la plupart des croisés ne pensèrent qu'à
se divertir, ou plutôt à se livrer aux plus horribles désordres. Ces jeunes chevaliers, ne se voyant point

d'ennemis en tête, s'abîmèrent dans les plaisirs: la passion du jeu leur fit perdre la raison avec leurs biens.

Ils se consolèrent avec le vin de la perte de leur argent, de leurs chevaux et même de leurs armes: leur

fureur alla jusqu'à violer les filles et les femmes, au mépris de toutes les lois divines et humaines. Les

grands seigneurs consumaient tous leurs fonds en festins, dont la somptuosité était le moindre excès; les

simples soldats passaient les jours et les nuits à boire et à jouer. Tout était plein de lieux de débauche:

Il y en avoit
, dit Joinville[1], jusques à l'entour du pavillon royal, qui étoient tenus par les gens du
roi
. On peut dire, avec un célèbre moderne[2], que toutes sortes de vices y régnoient, ceux que
les pélerins avoient apportés de leur pays, et ceux qu'ils avoient pris dans les pays étrangers
. Il se
commettait mille violences contre les gens du pays, et surtout envers les marchands; de sorte que la

plupart de ceux qui d'abord apportaient des vivres en abondance cessèrent d'y venir, et l'on vit bientôt la

cherté causer la disette.

[Note 1: Joinville, pag. 32.]

[Note 2: L'abbé Fleury, Moeurs des chrétiens, pag. 399.]

Le monarque faisait ce qu'il pouvait pour remédier à tant de désordres, mais le peu d'obéissance qu'il
trouva rendit presque tous ses efforts inutiles. On doit dire néanmoins à la gloire de ce grand prince, que

tous les étrangers se louaient hautement de sa justice, et publiaient partout qu'il leur donnait les mêmes

marques de bonté qu'à ses propres sujets. Quant à ceux qui dépendaient plus particulièrement de lui, et à

ses domestiques, ils furent châtiés très-sévèrement, chassés et renvoyés en France.

Cependant on apprit que le bruit qui avait couru de la mort du soudan, n'était pas véritable. Ce prince,
quoiqu'il fût dangereusement malade, avait eu soin de cacher aux chrétiens l'état où il était. Il envoya

défier le roi, pour décider, dans un seul combat, de la fortune de l'Egypte: il lui marqua le jour, et lui

laissa le choix du lieu. La réponse du monarque fut «qu'il n'acceptait aucun jour fixe, parce que c'était

excepter les autres; qu'il défiait Malech-Sala pour le lendemain, comme pour tous les autres jours; qu'en

quelque endroit, et à quelque heure qu'ils se rencontrassent, il le traiterait en ennemi jusqu'à ce qu'il pût le

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