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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

la place.

Le roi, voyant la bannière de Saint-Denis arrivée, ne put se contenir, ni attendre que son bateau gagnât le
bord; il se jeta dans la mer, où il avait de l'eau jusqu'aux épaules, et, malgré les efforts que fit le légat

pour l'arrêter, il marcha droit aux ennemis, l'écu au cou, son héaume sur la tête, et son glaive au

poing
. L'exemple du monarque fut un ordre bien pressant pour les Français. Les chevaliers qui
l'accompagnaient en firent de même. Dès qu'il eut gagné la terre, il voulut aller attaquer les Sarrasins,

quoiqu'il n'eût encore que très-peu de monde avec lui; mais on l'engagea d'attendre que son bataillon fût

formé. Ayant eu le temps de mettre ses troupes en ordre de bataille à mesure qu'elles abordaient, il se mit

à leur tête, et marcha droit aux ennemis qui s'étaient renfermés dans leurs retranchemens; mais en étant

sortis, ils se présentèrent en ordre de bataille. L'action devint générale; on se battit de part et d'autre avec

beaucoup de courage: ces braves croisés se surpassèrent en quelque sorte eux-mêmes, à l'exemple de leur

saint roi, qu'on voyait toujours le premier partout. Les Egyptiens, après une opiniâtre résistance, se virent

enfin forcés de se retirer en désordre. Ceux qui échappèrent au glaive des vainqueurs prirent la fuite. Le

carnage fut grand de leur côté: ils perdirent, entr'autres généraux, le commandant de Damiette et deux

émirs très-distingués parmi eux. Ils ne furent pas plus heureux sur la mer. Leurs navires résistèrent

quelque temps, et leurs machines firent beaucoup de fracas; mais celles des Français lancèrent de grosses

pierres et des feux d'artifice avec tant de promptitude, d'adresse et de bonheur, que les infidèles,

maltraités partout, furent obligés de plier, après un combat de plusieurs heures. L'abordage acheva leur

déroute; une partie de leurs vaisseaux fut prise ou coulée à fond; l'autre remonta le Nil, et les croisés

demeurèrent maîtres de l'embouchure.

Pendant que les croisés étaient occupés à faire leur descente, les généraux sarrasins avaient envoyé trois
fois au soudan pour lui rendre compte de ce qui se passait, et pour recevoir ses ordres: le troisième

message était pour l'avertir que le roi de France était lui-même à terre; mais ils n'en reçurent aucune

réponse. La raison était que, dans cet intervalle, le bruit se répandit qu'il était mort; cependant cette

nouvelle était fausse.

Prise de la ville de Damiette.

Après cette victoire, le roi établit son camp sur le bord de la mer. Le lendemain il fit débarquer tous les
chevaux et toutes les machines, sans que les Sarrasins parussent davantage. Pendant que l'on était occupé

de ce travail, l'on vit Damiette tout en feu. Un moment après, quelques esclaves chrétiens en sortirent, et

vinrent avertir le monarque que les ennemis, sur le bruit de la mort de leur soudan, avaient abandonné la

ville, et l'avaient livrée aux flammes. Le roi, ayant reçu cet avis, et s'en étant fait assurer par ceux qu'il y

envoya, fit avancer ses troupes. On trouva le pont sur lequel il fallait passer pour entrer dans la place,

rompu en partie. Il fut bientôt réparé; on éteignit le feu, et le roi se vit maître sans coup férir, et contre

toute espérance, d'une des plus fortes villes de l'Orient, le premier dimanche d'après la Trinité.

La prise de cette place fut sans doute un de ces coups extraordinaires de la providence de Dieu, qui
répandit la terreur dans le coeur de ses ennemis pour produire un effet si surprenant et aussi peu espéré

que celui-là. On ne perdit presque personne à la descente, et nul seigneur de marque, excepté le comte de

la Marche, qui mourut quelque temps après, de ses blessures.

Le saint roi ne manqua pas de reconnaître en cette occasion la visible protection de Dieu: il en donna de
sensibles marques en entrant dans Damiette, non pas avec la pompe et le faste d'un conquérant, mais avec

l'humilité d'un prince véritablement chrétien, qui fait un hommage humble et sincère de la victoire au

Dieu qui la lui a procurée.

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