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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

flotte.

A peine le roi avait-il fait jeter l'ancre, qu'il manda les principaux chefs de l'armée pour tenir conseil de
guerre. La plupart furent d'avis de différer la descente, et d'attendre que le reste des vaisseaux écartés par

la tempête fût rassemblé, le roi n'ayant pas avec lui le tiers de ses troupes. Mais ce prince, guidé par son

zèle, ne fut pas de ce sentiment: il représenta avec vivacité que le retardement ferait croire aux ennemis

qu'on les craignait; qu'il n'y avait point de sûreté de demeurer à l'ancre sur une côte fort sujette aux

tempêtes; qu'on n'avait aucun port pour se mettre à couvert de l'orage et des entreprises des Sarrasins;

qu'une seconde tourmente pourrait disperser le reste des vaisseaux, aussi bien que ceux que l'on voulait

attendre; que ce retard enfin pourrait ralentir cette première chaleur, qui pour l'ordinaire fait réussir les

entreprises, et répandrait dans toute l'armée une impression de crainte dont on aurait peut-être de la peine

à revenir. Tout le monde se rendit à des raisons si plausibles, et la descente fut résolue pour le lendemain

à la pointe du jour.

On fit une garde exacte toute la nuit, et, dès le lever de l'aurore, on fit descendre les troupes dans les
chaloupes et dans les bateaux plats que le roi avait fait construire en Chypre. Jean Dybelin, comte de

Jaffe, eut son poste à la gauche, en tirant sur le bras du Nil, sur lequel était la ville de Damiette. Le roi,

pour donner l'exemple, descendit le premier dans sa barque, et choisit la droite, accompagné des princes

ses frères et du cardinal-légat, qui portait lui-même une croix fort haute pour animer les soldats par cette

vue. Le comte Erard de Brienne, le sire de Joinville, et le seigneur Baudouin de Reims, furent placés au

centre. On avait aussi disposé sur les ailes des barques chargées d'arbalétriers, pour écarter les ennemis

qui bordaient la rive. Ensuite venait le reste des gens de guerre, qui faisait comme le corps de réserve.

Une multitude prodigieuse de Sarrasins, tant infanterie que cavalerie, était rangée en bataille le long des
bords de la mer. Le soudan n'y était pas, parce que sa maladie ayant beaucoup augmenté, il s'était fait

transporter en une maison de plaisance distante d'une lieue de Damiette.

Le signal ayant été donné, les vaisseaux chargés de troupes s'avancèrent au-devant des ennemis, qui,
d'abord qu'on fut à portée, tirèrent un nombre prodigieux de flèches, à quoi l'on répondit de même pour

tâcher de les écarter. Les bateaux du milieu, où était le sire de Joinville, voguèrent plus diligemment que

les autres. Lui et ses gens débarquèrent vis-à-vis d'un corps d'environ six mille Sarrasins à cheval, vers

lequel ils marchèrent. Cette cavalerie vint au galop pour les attaquer; mais eux, sans s'étonner, se

couvrant de leurs boucliers, s'arrêtèrent, et présentant les pointes de leurs lances qui étaient alors

beaucoup plus longues qu'elles ne furent par la suite, firent une espèce de bataillon carré, derrière lequel

les troupes qui arrivaient se rangeaient en ordre de bataille. Les Sarrasins, effrayés d'une telle contenance,

n'osèrent entreprendre de les forcer, se contentant de caracoler sans en venir aux mains; mais ils furent

bien plus surpris, lorsque la plupart des troupes de ce corps étant descendues à terre, ils virent toute cette

infanterie s'ébranler et marcher droit à eux. Alors ils tournèrent bride, et prirent la fuite. La chose se

passa à peu près de même à la gauche, où le comte de Jaffe fit sa descente. Il marcha en avant pour

gagner du terrain, et vint former une même ligne avec le sire de Joinville. Alors la cavalerie sarrasine vint

encore vers eux pour les attaquer; mais voyant qu'on ne s'épouvantait point, et qu'on les attendait de pied

ferme, ils retournèrent joindre le gros de leur armée.

Les bateaux de la droite, où était le roi, abordèrent les derniers à une portée d'arbalète du corps de
Joinville. Les soldats du bateau qui portait la bannière de Saint-Denis, autrement appelée l'oriflamme,

sautèrent à terre. Un cavalier sarrasin, ou emporté par son cheval, ou se croyant suivi de ses gens, vint se

jeter au milieu d'eux, le sabre à la main; mais il fut au même instant percé de plusieurs coups, et resta sur

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