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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
On ne fut pas plutôt à la vue de l'ennemi, que toute la flotte se rassembla autour du roi. Les principaux seigneurs montèrent sur son bord, et lui-même se présenta sur le tillac, avec un air qui inspirait de la confiance aux plus timides. Sa taille était avantageuse et bien proportionnée: Et vous promets, dit Joinville, que oncques si bel homme armé ne vit; car il paroissoit par-dessus tous, depuis les épaules en amont. Et, quoiqu'il fût d'une complexion très-délicate, son courage le faisait paraître capable des plus grands travaux. Il avait les cheveux blonds, comme ceux de la maison de Hainaut, dont il était par sa grand'mère, et réunissait tous les autres agrémens qui accompagnent ordinairement cette couleur. Sa chevelure extrêmement courte, suivant la coutume de ce temps-là, n'en laissait que mieux voir les grâces naturelles répandues sur son visage. On y remarquait je ne sais quoi de si doux, et en même temps de si majestueux, qu'en le voyant on se sentait pénétré tout à la fois, et de l'amour le plus tendre, et du respect le plus profond. La simplicité même de ses habits et de ses armes, simplicité néanmoins qui admettait toute la propreté sans affectation, lui donnait un air guerrier encore plus que n'aurait pu faire la richesse qu'il négligeait.
«Mes amis, dit-il aux chefs de son armée, ce n'est pas sans dessein que Dieu nous a conduits à la vue de nos ennemis, lorsque nous nous en croyions encore fort éloignés. C'est sa puissance qu'il faut ici envisager, et non pas cette multitude de barbares qui défendent le royaume où nous portons la guerre. Ne me regardez point comme un prince en qui réside le salut de l'état et de l'Eglise; vous êtes vous-mêmes l'état et l'Eglise, et vous n'avez en moi qu'un homme dont la vie, comme celle de tout autre, n'est qu'un souffle que l'Eternel peut dissiper quand il lui plaira. Marchons donc avec assurance dans une occasion où tout événement ne peut que nous être favorable. Si nous en sortons victorieux, nous acquérons au nom chrétien une gloire qui ne finira qu'avec l'univers; si nous succombons, nous obtenons la couronne immortelle du martyre. Mais pourquoi douter du succès? N'est-ce pas la cause de Dieu que nous soutenons? Oui, sans doute, c'est par nous et pour nous que le Sauveur veut triompher de ces barbares. Commençons par en rendre gloire à son saint nom, et préparons-nous à celle d'en avoir été les instrumens.» On ne peut exprimer l'ardeur que ce discours inspira, et bientôt les Sarrasins en ressentirent l'effet.
Le sultan, averti par ses sentinelles qu'on découvrait sur la mer une forêt de mâts et de voiles, envoya quatre galères bien armées pour reconnaître ce que c'était. Elles parurent au moment même que Louis achevait de parler; et, s'étant trop avancées, elles furent tout à coup investies par quelques bâtimens qu'on avait détachés contre elles.
Trois, accablées de pierres lancées par les machines que portaient les vaisseaux français, furent coulées à fond avec tous les équipages; la quatrième eut le bonheur d'échapper, et alla porter la nouvelle que le roi de France arrivait, suivi de toute son armée. Aussitôt le monarque égyptien donna ses ordres pour se préparer à la défense: Et dans peu, dit Joinville, il y eut grande compagnie à nous attendre. Le spectacle, de part et d'autre, avait quelque chose d'agréable et de terrible tout ensemble. La côte se trouva, en un instant, bordée de toute la puissance du soudan. La plage était couverte de navires dont les pavillons de différentes couleurs faisaient une agréable peinture de la puissance des chrétiens. La flotte ennemie, composée d'un nombre infini de vaisseaux, était rangée dans une des embouchures du Nil par où l'on montait vers Damiette. Le sultan en personne, d'autres disent Facardin, son lieutenant, commandait l'armée de terre. Le rivage et la mer retentissaient du bruit de leurs cors recourbés et de leurs nacaires, espèce de timbales dont deux faisaient la charge d'un éléphant. C'était en affrontant ces deux armées ennemies, qu'il fallait hasarder la descente; c'était aussi ce qu'on avait résolu de faire; et il n'était question que de délibérer si on la tenterait avant l'arrivée du reste des troupes et de la
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