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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

chrétiens; que les enfans, comme dit le saint Alcoran, s'entretiendraient quelque jour de ce qui serait
arrivé; enfin que Dieu permet souvent que le petit nombre remporte l'avantage sur le plus grand, parce

qu'il est toujours pour ceux qui sont humbles et patiens.» Ainsi, de part et d'autre, on ne pensa plus qu'à

se préparer à l'attaque et à la défense.

Sur cette réponse, le roi se mit en état de partir. Grand nombre de vaisseaux plats propres à faire des
descentes, qu'il avait fait construire en divers endroits de l'île, se rendirent au lieu marqué pour

l'embarquement, aussi bien qu'un grand nombre de navires qu'il avait achetés des Génois et des

Vénitiens.

Enfin le samedi d'après l'Ascension, l'armée monta sur la flotte, au port de Limesson, où elle attendit,
pour faire voile, que le vent fût favorable.

Cette flotte était composée de dix-huit cents vaisseaux, tant grands que petits. Il y avait dans l'armée deux
mille huit cents chevaliers français, anglais, cypriots. A en juger par cette multitude de chevaliers, il

fallait que l'armée fût très-nombreuse; car chaque chevalier avait d'ordinaire une assez grande suite, et les

historiens de ce temps-là ne marquent guère la grandeur des armées que par le nombre des chevaliers qui

s'y trouvaient, et dont les plus considérables avaient chacun leur ost, c'est-à-dire leur camp, leurs

troupes, et leurs bannières séparés des autres corps.

Le roi, avant de quitter le port de Limesson, assembla les principaux seigneurs de l'armée, et après le
conseil de guerre, déclara à tous les capitaines des vaisseaux qu'on allait à Damiette, et, qu'en cas que,

dans la route, quelques-uns fussent séparés de la flotte, ils eussent à se rendre de ce côté-là. Le vent

contraire les empêcha de sortir jusqu'au mercredi suivant. Ils en partirent ce jour-là; mais ils n'étaient pas

encore fort loin en mer, lorsqu'une furieuse tempête survint, et dissipa la flotte. Le roi fut obligé de

relâcher à la pointe de Limesson, le jour de la Pentecôte 1249, avec une partie des vaisseaux. Le reste fut

poussé du côté d'Acre, et en divers autres endroits; de sorte qu'il ne se trouva avec le roi que sept cents

chevaliers, de deux mille huit cents qui s'étaient embarqués avec lui, sans qu'il sût ce que le reste était

devenu.

Il se remit en mer le jour de la Trinité. Il rencontra Guillaume de Ville-Hardouin, prince de Morée, avec
le duc de Bourgogne qui, ayant passé l'hiver en Morée, avait joint son escadre à celle de Ville-Hardouin.

Cette rencontre consola un peu le roi; mais ne le tira pas de l'inquiétude où il était pour le reste de sa

flotte. Il arriva, en quatre jours, à la vue de Damiette, et jeta l'ancre assez près du rivage, où les Sarrasins

l'attendaient bien préparés.

Cette ville passait pour la plus belle, la plus riche, et la plus forte place de l'Egypte, dont elle était
regardée comme la clef principale. Elle était à une demi-lieue de la mer, entre deux bras du Nil, dont le

plus considérable formait un port capable de contenir les plus grands vaisseaux. C'est là qu'on voyait

cette grosse tour que les chrétiens avaient prise, avec tant de fatigues, sous le roi Jean de Brienne. Elle

servait de défense contre l'ennemi, et de barrière pour les vaisseaux qui arrivaient d'Ethiopie et des Indes.

Une grande chaîne, qui aboutissait de cette forteresse à une des tours de la ville, fermait tellement l'issue,

que rien ne pouvait entrer ni sortir sans la permission du sultan: ce qui lui procurait un tribut immense,

parce que c'était alors le seul passage pour les marchandises qui devaient être distribuées sur toutes les

côtes de la Méditerranée. Le corps de la place était fortifié d'une enceinte de murailles, doubles le long du

Nil, triples du côté de la terre, avec des fossés très-larges et très-profonds. C'était dans la conservation de

cette ville que le sultan avait mis toute son espérance, et c'était à la prise de cette place que tendaient tous

les voeux de Louis, persuadé que cette conquête le rendrait maître de toute l'Egypte.

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