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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

l'impatience de se mettre au plus tôt en possession de Jérusalem, se joindrait à lui contre les soudans avec
lesquels il était en guerre, et surtout contre celui d'Alep.

Le soudan de Babylone assiégeait alors Ernesse, ville du domaine de celui d'Alep, qui, ayant trouvé le
moyen de le faire empoisonner, le força de retourner en Egypte, où il ne fit plus que languir. Cependant

le calife de Bagdad agit si prudemment auprès d'eux par ses envoyés, qu'il leur fit conclure une

suspension d'armes, afin d'être en état de repousser l'armée chrétienne, qui était sur le point de les

attaquer.

Cependant le roi se disposait sérieusement à partir: la perte qu'il avait faite de beaucoup de gens de sa
brave noblesse et de soldats, par les maladies, était en plus grande partie réparée par l'arrivée d'un grand

nombre de croisés qui n'avaient pu partir de France avec la grande flotte. Un renfort considérable fut

amené par Guillaume de Salisbery, surnommé Longue-Epée, qui arriva en Chypre avec deux

cents chevaliers anglais. Le roi leur fit le plus gracieux accueil; il recommanda surtout aux Français

d'user à l'égard du comte et de ses chevaliers de beaucoup de politesse et de complaisance, et il conjura

les uns et les autres de suspendre, du moins pendant la guerre sainte, l'antipathie des deux nations, et de

penser qu'ils combattaient sous les enseignes de Jésus-Christ, leur unique chef.

La saison s'avançait, et tout se préparait au départ. Dès l'arrivée du monarque en Chypre, il s'était tenu un
conseil de guerre, dans lequel les avis avaient été fort partagés sur les projets de la campagne. Les uns

voulaient qu'on allât droit à Ptolémaïs, ou Saint-Jean-d'Acre, persuadés qu'on reprendrait aisément le

royaume de Jérusalem, dont toutes les places étaient démantelées. Le principal but des croisés,

disaient-ils, était de recouvrer la sainte cité, et Louis acquérait une gloire immortelle s'il pouvait rétablir

le culte du vrai Dieu dans ces mêmes lieux où le salut du monde avait été opéré.

Ainsi pensaient les Templiers et les Hospitaliers, soit que ce parti leur parût véritablement le meilleur,
soit qu'il fût plus conforme à leurs intérêts particuliers.

Les autres, au contraire, ayant le roi de Chypre à leur tête, prétendaient que la conquête du royaume de
Jérusalem, à la vérité facile, ne pouvait pas se soutenir contre la puissance du soudan d'Egypte; qu'avant

que toutes les places en fussent rétablies, la plupart des croisés seraient retournés en France; qu'il fallait

aller à la racine du mal, en attaquant Damiette; qu'après que les soudans auraient été domptés, on irait

prendre possession de la Palestine. Louis fut touché de ces raisons, et encore plus lorsqu'il vit le roi

Henri, et tous les grands seigneurs de l'île, prendre la croix.

Il fut donc résolu de porter la guerre en Egypte; mais parce que les lois de la religion, de l'honneur et de
la chevalerie ne permettaient pas d'attaquer un ennemi sans aucune déclaration préliminaire, le monarque

envoya défier le soudan qui régnait alors sur cette belle partie de l'Afrique. Le cartel annonçait en même

temps un roi d'un courage intrépide, et un missionnaire plein de zèle pour la foi. Malech-Sala, c'est le

nom du soudan, était sommé de rendre à la croix l'hommage que tous les hommes lui doivent, s'il ne

voulait pas voir son pays ravagé par des gens qui ne craignaient rien lorsqu'il s'agissait d'étendre l'empire

de Jésus-Christ. On dit que ce malheureux prince, soit qu'il sentît sa fin approcher (il était gangrené de la

moitié du corps), soit qu'il craignît pour ses états, ne put lire cette lettre sans répandre beaucoup de

larmes. Il répondit cependant avec fierté, «que les Français auraient moins de confiance en leur nombre

et en leur valeur, s'ils avaient vu le tranchant de ses épées qui venaient d'enlever aux chrétiens leurs

anciennes et leurs nouvelles conquêtes; que jamais nation n'avait insulté l'Egypte, sans porter la juste

peine de sa témérité; que ceux qui venaient l'attaquer de gaieté de coeur reconnaîtraient bientôt ce que

savaient faire des troupes jusque-là toujours victorieuses, dont la première journée serait la dernière des

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