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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

qu'il allait rendre à la religion, pourrait, par de nouvelles instances, gagner quelque chose sur l'esprit du
souverain pontife. Il écrivit au roi pour lui demander de nouveau sa médiation. Il lui donna plein pouvoir

d'offrir en son nom au pape toutes sortes de soumissions, et d'aller consacrer le reste de ses jours au

service de Dieu dans la Palestine, à condition seulement que le pape lui donnât l'absolution, et qu'il fît

empereur, à sa place, son fils Conrad.

Ces offres avaient de quoi toucher, ou du moins éblouir le pape, mais il ne craignait guère moins le fils
que le père; et, dans une entrevue qu'il eut avec le roi, à Cluny, il lui répondit que c'était là un des

artifices ordinaires de Frédéric, auquel il était bien résolu de ne pas se laisser surprendre; que les parjures

de ce prince devaient lui avoir ôté toute créance, qu'au reste il s'agissait de la cause de l'Eglise, dans

laquelle rien n'ébranlerait jamais sa fermeté.

Le roi lui répliqua que, quelque grandes que fussent les fautes que Frédéric avait commises contre
l'Eglise, on ne devait point lui ôter toute espérance de pardon; que Jésus-Christ, dont les papes étaient les

vicaires sur la terre, avait ordonné de pardonner autant de fois que le pécheur se reconnaîtrait; que la

réconciliation de ce prince était de la dernière importance pour le bien de l'Eglise, et en particulier pour la

guerre sainte; que Frédéric était le maître de la Méditerranée, et qu'il était en état de beaucoup contribuer

au succès de cette entreprise, ou de beaucoup y nuire. Ecoutez mes prières, lui dit le saint roi, celles de

tant de milliers de pélerins qui attendent un passage favorable, celles enfin de toute l'Eglise qui vous

demande par ma voix de ne pas rejeter des soumissions que Dieu ne rejette peut-être pas. Tout ce qu'il

put dire fut inutile. Le pape fut inflexible; il ne voulut rien écouter, et le roi sortit de cette conférence

avec quelque indignation.

On ne saurait trop admirer, dans ces occurrences, la sagesse du roi. Il était assez puissant pour faire
pencher la balance en faveur de celui dont il voudrait prendre le parti; mais il voulut la laisser dans

l'équilibre, par la crainte qu'il eut que la justice ne fût pas du côté de celui qu'il soutiendrait. Il ne faut pas

douter que ses lumières et sa prudence ne lui eussent fait connaître que le pape et Frédéric avaient tort

chacun de leur part, et qu'ils poussaient leurs prétentions au-delà des véritables bornes de la justice. C'est

pourquoi il attendit avec résignation ce que la Providence en devait ordonner.

Après trois années de préparatifs, tous les vaisseaux destinés pour le voyage de la Terre-Sainte étant
assemblés à Aiguemortes, où les croisés se rendaient de toutes parts, le roi, qui était alors âgé de

trente-trois ans, se mit en état de partir. Il manda à Paris ses barons, leur fit faire hommage et serment de

fidélité, et obligea ceux qui demeuraient en France de jurer qu'ils ne feraient rien contre son service,

pendant son voyage, et garderaient fidélité et loyauté aux deux princes ses enfans, Louis et Philippe, qu'il

laissait en France.

Il se rendit ensuite à Saint-Denis pour y prendre, selon la coutume, l'oriflamme, qui était l'étendard royal,
le bourdon, et les autres marques de pélerin de la Terre-Sainte. Il les reçut par les mains d'Odon,

cardinal-légat, qui devait l'accompagner pendant tout le voyage, et se mit en marche au mois de juin, le

vendredi d'après la Pentecôte de l'année 1248. De là, conduit par le clergé, la cour et la ville, il alla

monter à cheval à l'abbaye de Saint-Antoine, et prit le chemin de Corbeil, où les deux reines devaient se

rendre le lendemain.

Etant arrivé à Corbeil, il y déclara régente la reine sa mère. La sagesse de cette princesse, ses lumières, sa
prudence, une expérience de vingt-deux années dans le gouvernement, tout contribuait à persuader au roi

qu'il ne pouvait mettre l'état en de meilleures mains. Il lui fit expédier des lettres-patentes par lesquelles il

lui donnait le pouvoir de se former un conseil, d'y admettre ou d'en exclure ceux qu'elle jugerait à propos,

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