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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

du Châtel ou de Châtillon, évêque de Soissons. Car on était persuadé, par l'usage de deux siècles, que,
quoique l'Eglise défendît aux prêtres d'aller à la guerre, il en fallait excepter les expéditions contre les

infidèles, parce que c'était courir au martyre.

On peut juger de l'effet que produisit sur la simple noblesse et sur le peuple l'exemple des princes, des
premiers seigneurs de l'état, et des évêques. Partout où la croisade fut prêchée, on vint en foule prendre la

croix, et le roi eut de quoi choisir parmi tous ceux qui se présentèrent, pour former une nombreuse et

florissante armée.

Cette croisade produisait réellement de très-bons effets: ceux qui s'y enrôlaient satisfaisaient aux devoirs
de chrétien, dont les moins scrupuleux et les moins exacts s'acquittaient d'ordinaire fidèlement. Les périls

extrêmes qu'ils allaient courir, la résolution ou ils étaient de prodiguer leur vie et d'acquérir la couronne

du martyre en combattant contre les infidèles, faisaient qu'ils se préparaient à ce voyage comme à la

mort, ils mettaient ordre à leurs affaires domestiques, et plusieurs faisaient leur testament; ils se

réconciliaient avec leurs ennemis, mais surtout ils avaient grand soin de restituer le bien mal acquis, et

d'examiner s'ils n'avaient rien à se reprocher en cette matière. Le sire de Joinville raconte de lui-même ce

qu'il fit avant de partir, en ces termes:

«Je fus toute la semaine à faire fêtes et banquets avec mon frère de Vauquelour et tous les riches hommes
du pays qui là étoient, et disoient après que avions bu et mangé chansons les uns après les autres, et

demenoient grande joie chacun de sa part, et quand ce vint le vendredi, je leur dis: Seigneurs, saichés que

je m'en vais outre-mer, je ne sçai si je reviendrai jamais ou non; pourtant, s'il y a nul à qui j'aye jamais

fait aucun tort, et qu'il veuille se plaindre de moi, se tire avant, car je le veux amander, ainsi que j'ai

coutume de faire à ceux qui se plaignent de moi ne de mes gens, et ainsi le feys par commun dit des gens

du pays et de ma terre. Et afin que je n'eusse point de support, leur conseil tenant, je me tirai à quartier, et

en voulus croire tout ce qu'ils en rapporteroient sans contredict; et le faisoye, parce que je ne vouloye

emporter un seul denier à tort. Et pour faire mon cas, je engaigé à mes amis grande quantité de ma terre,

tant qu'il ne me demoura point plus haut de douze cents livres de terre de rente: car madame ma mère

vivoit encore qui tenoit la plupart de mes choses en douaire.»

Le religieux monarque donnait lui-même l'exemple de ces oeuvres de piété, moins pour se conformer à la
coutume usitée dans ces sortes d'occasions, que par la disposition de son coeur à la plus exacte justice.

Son principal soin fut de découvrir et de réparer les désordres commis par ses officiers. Il envoya des

commissaires dans toutes les provinces pour s'informer s'il n'y avait rien de mal acquis dans ses

domaines. On ne voit pas même qu'il s'en soit fié à ces premiers envoyés: il fit partir secrètement de

saints ecclésiastiques et de bons religieux, pour aller faire les mêmes informations, afin de voir par leur

rapport si ceux qu'il croyait gens de bien n'étaient pas eux-mêmes corrompus. Il y eut très-peu de

plaintes, et, dans ce petit nombre, celles qui se trouvèrent fondées, obtinrent les satisfactions

convenables.

Le roi, tout occupé qu'il était des préparatifs de son voyage, ne voyait qu'avec une extrême douleur les
maux de l'Eglise se perpétuer par la guerre cruelle que le pape et l'empereur se faisaient l'un à l'autre, et

qui produisirent même des deux côtés, des conjurations contre leurs propres personnes.

Henri, landgrave de Thuringe, après la déposition de Frédéric, avait été élu empereur en sa place par les
archevêques de Cologne et de Mayence, et par quelques autres princes de l'empire. Depuis son élection,

Henri avait remporté une victoire sur Conrad, fils de Frédéric, auquel, par cette circonstance, le pape était

devenu plus redoutable qu'auparavant. Frédéric espéra que Louis, dans la conjoncture du grand service

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