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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

Le roi menait avec lui le comte de la Marche et le comte Pierre de Bretagne, les deux plus grands
brouillons de son état; mais le comte de Toulouse, auquel il ne se fiait guère davantage, n'avait point

encore pris, du moins de concert avec lui, la même résolution. Il fallut l'engager à accomplir son voeu

dans une occasion si favorable, qu'il ne pouvait pas refuser avec honneur sans indisposer son souverain

contre lui. Il promit au roi de le suivre, et ce prince lui prêta de l'argent pour faire ses préparatifs:

néanmoins, n'ayant pu les achever lorsque le roi partit, le comte retarda son voyage jusqu'à l'année

suivante.

En tout cela le roi agissait en prince sage, mais il paraissait encore dans toute sa conduite autant de piété
que de prudence. Lorsqu'il fut proche de son départ, il se fit une loi qu'il garda toute sa vie, de ne plus se

vêtir d'écarlate ni d'aucune autre étoffe précieuse. Il ne portait plus d'éperons dorés; il affectait une

extrême simplicité jusque dans ses armes, dans les harnais des chevaux qu'il montait, faisant donner

exactement aux pauvres ce qu'il épargnait par cette pieuse modestie. On remarquait dans tout son

extérieur un air de pénitence et d'humilité qui marquait parfaitement que le désir de la gloire n'avait

aucune part dans l'expédition qu'il méditait.

Il juge un grand différend entre les comtés de Flandre et de Hainaut.

Cependant, avant de partir, il termina un différend qui faisait alors beaucoup de bruit en Flandre, et qui
aurait pu causer une guerre entre ses vassaux.

Jeanne, comtesse de Flandre, était morte sans laisser d'enfans, ni de Ferrand de Portugal, son premier
mari, ni de Thomas de Savoie, son second; celui-ci n'avait remporté de cette alliance d'autre avantage que

le titre de comte et une pension de 6,000 livres.

Marguerite, soeur de la comtesse, lui succéda, paya le rachat de la pension, fit son hommage au roi de
France, et se soumit au traité fait au commencement du règne de Louis, pour la liberté de Ferrand. Elle

eut des enfans de deux maris, dont le premier vécut même long-temps après le second: c'est ce qui donna

naissance à cette fameuse querelle dont il est ici question. Voici comme elle est rapportée dans les

chroniques de Flandre[1]:

[Note 1: Chron. Flam., p. 26.]

«Baudouin 1er, empereur de Constantinople, père des deux princesses, Jeanne et Marguerite de Flandre,
les avait mises sous la tutelle de Philippe, comte de Namur, son frère; celui-ci les remit entre les mains de

Philippe-Auguste, roi de France, qui lui-même les rendit aux Flamands. Jeanne, avec l'agrément du

monarque, épousa Ferrand de Portugal. Marguerite, trop jeune encore, fut confiée à la garde de Bouchard

d'Avesnes. C'était un seigneur bien fait, de beaucoup de mérite, à qui l'on ne pouvait reprocher autre

chose que de s'être chargé d'un grand nombre de bénéfices qui l'obligèrent même d'entrer dans les ordres

sacrés.

«Embarrassé de la multitude de ceux qui prétendaient à l'alliance de sa pupille, il consulta Mathilde,
veuve de Philippe d'Alsace, oncle de la jeune princesse; il en était fort estimé: elle lur fit entendre qu'il

pouvait les accorder en se mettant lui-même sur les rangs. Il n'en fallut pas davantage pour lui faire

oublier ce qu'il était. Il demande Marguerite; il l'obtient sans aucune contradiction, et l'épouse

clandestinement selon quelques auteurs, et publiquement selon quelques autres.

«La réflexion suit de près la faute: elle lui rappelle son sous-diaconat. Il part pour Rome, et court aux
pieds du pape demander dispense et pardon. On veut bien lui faire grâce, à condition qu'il ira passer un

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