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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

les chrétiens de l'Orient; sa tendresse pour sa famille, que son absence exposait peut être, par la suite, à
toutes sortes de malheurs; enfin les larmes d'une mère qui n'avait plus guère à vivre, et qui regardait cette

séparation comme devant être à son égard sans retour. Blanche n'était pas seule de son opinion: la plupart

des seigneurs pensaient comme elle. Ils vinrent avec elle trouver le roi, et lui firent les remontrances les

plus vives sur le danger d'une pareille émigration. Ils lui représentèrent les difficultés extrêmes que l'on

trouverait à y réussir; l'éloignement des lieux où l'on allait porter la guerre; le péril du transport des

troupes au-delà des mers, ou de leur marche au travers des pays habités par des peuples barbares,

ennemis ou suspects; le mauvais succès de tant de semblables entreprises, où les plus belles et les plus

nombreuses armées avaient péri, partie par le fer, partie par la famine ou par les maladies.

La reine avait attiré l'évêque de Paris dans son sentiment; et, comme c'était lui qui avait donné la croix au
roi dans sa maladie, il vint le trouver avec la reine. Ce sage prélat employa en vain tout ce que la raison a

de plus convaincant, et l'éloquence de plus séduisant. Louis parut touché, mais il ne fut point ébranlé.

«Eh bien! dit-il, la voilà, cette croix que j'ai prise dans une circonstance où, selon vous, je n'avais pas une

entière liberté d'esprit. Je vous la remets; mais en même temps, si vous êtes mes amis, et si j'ai quelque

pouvoir sur vous, ne me refusez pas la grâce que je vous demande: c'est de recevoir le voeu que je fais de

nouveau d'aller combattre les infidèles. Pouvez-vous douter que je n'aie actuellement toute la

connaissance requise pour contracter un engagement? Rendez-moi donc cette sainte croix; il y va de ma

vie. Je vous déclare que je ne prendrai aucune nourriture que je ne me revoie possesseur de cette

précieuse marque de la milice du Seigneur.» Personne n'osa répliquer. Chacun se retira en versant des

larmes, et l'on ne pensa plus qu'à seconder les soins que le monarque prenait de hâter l'exécution d'un

dessein qui paraissait venir de Dieu.

Pour augmenter le trésor que le roi avait amassé dans cette vue, on imposa une taxe sur tout le clergé,
tant séculier que régulier: elle était de la dîme de leur revenu, ce qui causa de grands murmures dans ce

corps, qui avait jusque-là fort applaudi à la croisade, mais dont le zèle n'allait pas toujours jusqu'au

parfait désintéressement[1]. Ils étaient encore fort choqués de ce que cette levée se faisait par les

commissaires du pape, qui imposaient en même temps une autre taxe pour avoir de quoi se maintenir

contre l'empereur. Mais le roi, sur les remontrances qu'on lui fit, empêcha cette seconde levée, ne voulant

pas, disait-il, qu'on appauvrît les églises de son royaume, pour faire la guerre à des chrétiens: c'est-à-dire

à l'empereur. En vain Innocent lui envoya plusieurs légats pour le supplier de lui permettre au moins de

faire un emprunt sur les évêques; il fut inflexible, et le bien de ses sujets l'emporta dans son coeur sur le

respect qu'il eut toute sa vie pour le premier pontife de la religion.

[Note 1: Daniel, tom. III, édition de 1722, p. 145.]

Cependant Louis ayant formé le dessein de débarquer au royaume de Chypre, où Henri, de la maison de
Lusignan, régnait alors, fit faire, avec l'agrément de ce prince, de prodigieux magasins dans cette île, et

fréter partout des vaisseaux qui devaient se rendre à Aiguemortes, sur la Méditerranée, où

l'embarquement de l'armée française devait avoir lieu. L'empereur Frédéric le seconda généreusement,

ayant donné ordre dans tous ses ports de fournir aux munitionnaires de France des blés, des vivres, des

vaisseaux, et toutes les choses dont ils auraient besoin.

Comme le roi d'Angleterre était l'unique voisin que le roi eût à craindre pour son royaume, durant son
absence, et que la trève faite avec lui, après la journée de Taillebourg, était sur le point de finir, un de ses

principaux soins fut d'en assurer la prolongation. Après plusieurs négociations la trève fut faite, et le pape

s'en rendit le garant.

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