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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

Le souverain pontife ressentit vivement ce refus; et lorsque le docteur Martin, envoyé du roi
d'Angleterre, lui rapporta sa réponse, on dit que, dans sa colère, il laissa échapper ces paroles

inconsidérées qui choquèrent extrêmement les souverains: Il faut, dit-il, venir à bout de

l'empereur, ou nous accommoder avec lui, et quand nous aurons écrasé ou adouci ce grand dragon, nous

foulerons aux pieds sans crainte tous ces petits serpens
. Dès lors il résolut de faire son séjour à Lyon,
et d'y assembler un concile pour y citer Frédéric, et l'y déposer, s'il refusait de s'accommoder avec le

Saint-Siége.

Mais, sur ces entrefaites, il survint un accident qui jeta toute la France dans la plus extrême
consternation. Le roi fut attaqué à Pontoise (Joinville dit à Paris) d'une dyssenterie cruelle, jointe à une

fièvre ardente, qui fit en peu de jours désespérer de sa vie. Il se condamna lui-même; et, après avoir

donné quelques ordres sur des affaires importantes, il ne pensa plus qu'à paraître au jugement de Dieu, et

sans attendre qu'on l'avertît de son devoir, il demanda et reçut avec les plus grands sentimens de piété les

sacremens de l'Eglise.

C'est en ces tristes occasions que paraissent l'estime et l'amour que les peuples ont pour leur souverain, et
jamais on n'en vit de plus sensibles et de plus sincères marques qu'en celle-ci. L'affliction était générale

par toute la France. La noblesse, les ecclésiastiques, le peuple, prenaient également part à ce malheur

public. Les églises ne désemplissaient point; on faisait partout des prières et des processions; on venait en

foule de toutes les provinces, chacun voulant s'instruire par soi-même de l'état où ce prince se trouvait. Il

tomba dans une si profonde léthargie, qu'on fut en doute s'il était mort: de sorte qu'une dame de la cour,

qui l'avait toujours soigné pendant sa maladie, voulut lui couvrir le visage; mais une autre s'y opposa,

soutenant qu'il n'était pas encore mort: il fut un jour dans cet état, et le bruit de sa mort se répandit par

toute l'Europe. La reine-mère ordonna qu'on exposât la châsse de Saint-Denis; elle fit apporter le

morceau de la vraie croix et les autres reliques qu'on avait eues de l'empereur Baudouin, et les fit mettre

sur le lit du malade, en faisant hautement à Dieu cette fervente prière: Seigneur, glorifiez, non pas

nous, mais votre saint nom; sauvez aujourd'hui le royaume de France que vous avez toujours

protégé
. Le roi revint à l'instant de son assoupissement, ce qui fut regardé de tout le monde comme
un effet miraculeux opéré par ces sacrés monumens de la passion du Sauveur du monde. Les premières

paroles que ce prince proféra dans ce moment, furent pour demander à Guillaume d'Auvergne, évêque de

Paris, homme célèbre par ses écrits et par la sainteté de sa vie, la croix, pour faire voeu, en la prenant,

d'aller au secours des Chrétiens de la Terre-Sainte, avec résolution d'employer ses armes et la vie qui lui

avait été rendue, à les délivrer de la tyrannie des infidèles. Ce fut en vain que le sage prélat lui représenta

les suites d'un si grand engagement: il insista d'un air si touchant et si impérieux tout ensemble, que

Guillaume lui donna cette croix si désirée. Il la reçut avec un profond respect, la baisa, et assura qu'il était

guéri. En effet, son mal diminua considérablement. Dès que sa santé fut affermie, il vint à Paris goûter le

plus grand plaisir qui puisse toucher un bon roi: il connut qu'il était tendrement aimé. L'empressement

tumultueux du peuple, les transports inouïs d'allégresse, et la joie répandue sur tous les visages lui firent

mieux sentir la place qu'il occupait dans tous les coeurs, que n'eussent pu faire des arcs de triomphe, des

fêtes ou des harangues étudiées. Aussi s'appliqua-t-il plus que jamais au bonheur de ce même peuple, aux

prières duquel il ne doutait pas qu'il eût été rendu.

Le voeu que le roi venait de faire diminua de beaucoup la joie que le retour de sa santé avait donné à
toute la cour. La reine-mère qui prévoyait qu'il accomplirait infailliblement cette promesse, en parut

presque aussi consternée qu'elle l'avait été du danger extrême où elle l'avait vu quelques momens

auparant. Le roi, après deux mois de convalescence, se trouva parfaitement rétabli: il n'exécuta pas

néanmoins sitôt son dessein. Les préparatifs pour une expédition si importante, et d'autres affaires, lui

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