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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

Mauclerc[1], auquel Philippe-Auguste avait fait épouser l'héritière de ce comté; et Hugues de
Lusignan, comte de la Marche, qui avait épousé Isabelle, fille d'Aymard, comte d'Angoulême, veuve de

Jean-Sans-Terre, roi d'Angleterre, mère de Henri III, qui y régnait alors.

[Note 1: C'est-à-dire, suivant le langage du temps, homme malin et méchant.]

Comme l'archevêché de Reims était alors vacant, ce fut de Jacques de Bazoche, son suffragant, évêque
de Soissons, que Louis reçut cette onction qui rend les rois sacrés pour les peuples. Quoiqu'il fût encore

bien jeune, il était déjà assez instruit pour ne pas regarder cette action comme une simple cérémonie[2].

Il ne put faire, sans trembler, le serment de n'employer sa puissance que pour la gloire de Dieu, pour la

défense de l'Eglise et pour le bien de ses peuples. Il s'appliqua ces paroles qui commencent la messe ce

jour-là, et dont David se servait pour dire: Qu'il mettait en Dieu toute sa confiance, et qu'il s'assurait

d'être exaucé
.

[Note 2: Joinville, p. 15.]

Comme cette cérémonie est trop connue pour nous arrêter à la décrire, je dirai seulement que, lorsqu'elle
fut finie, on fit asseoir le roi sur un trône richement paré, que l'on mit entre ses mains le sceptre et la main

de justice, et qu'ensuite tous les grands seigneurs et prélats, qui étaient présens, lui prêtèrent serment de

fidélité, ainsi qu'à la reine sa mère, pour le temps que sa régence durerait.

Dès le lendemain, la reine partit pour ramener le roi à Paris; elle souhaita qu'il n'y eût aucunes marques
de réjouissances, comme il n'y en avait point eu à Reims: car, quelque satisfaction qu'elle eût de voir

régner son fils, rien n'effaçait de son coeur le regret dont elle était pénétrée de la perte qu'elle venait de

faire. D'ailleurs l'affliction était si générale, que les grands et le peuple n'eurent pas de peine à suspendre

les mouvemens de leur joie, et la sagesse de la régente ne lui permettait pas de perdre en vains

amusemens un temps dont elle avait besoin pour arrêter et éteindre les factions qui se formaient dans

l'état.

Caractère de la régente.

Blanche de Castille était une princesse dont la prudence, la présence d'esprit, l'activité, la fermeté, le
courage et la sage politique, rendront à jamais la mémoire chère et respectable aux Français. Elle

s'appliqua uniquement à dissiper les orages qui se formaient contre l'état: elle n'eut d'autres vues que de

conserver à son fils les serviteurs qui lui étaient restés fidèles, de lui en acquérir de nouveaux, et de

prévenir les dangereux desseins de ses ennemis. Les seigneurs de la cour se ressentirent de ses bienfaits,

et tout le monde de ses manières obligeantes et naturelles qu'elle employait pour gagner les coeurs qui y

étaient d'autant plus sensibles, qu'elle accompagnait ses grâces du plus parfait discernement.

Comme le comte de Boulogne était un des plus puissans seigneurs de l'état, et celui dont le roi pouvait
attendre plus de secours ou de traverses, elle n'oublia rien pour le mettre dans ses intérêts.

Philippe-Auguste lui avait donné le comté de Mortain; mais Louis VIII s'en était réservé le château, en

confirmant ce don. Blanche commença par le lui remettre, et lui rendit en même temps le château de

l'Isle-Bonne, que le feu roi s'était pareillement réservé; et, dans la suite, elle lui céda encore l'hommage

du comté de Saint-Pol, comme une dépendance de celui de Boulogne.

La reine Blanche traita avec la même générosité Ferrand, comte de Flandre. Philippe-Auguste l'avait fait
prisonnier à la bataille de Bouvines, et n'avait pas voulu lui rendre sa liberté, à moins qu'il ne payât une

rançon de cinquante mille livres, somme alors très-considérable, et qu'il ne donnât pour sûreté Lille,

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