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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

l'état.

Plusieurs seigneurs et gentilshommes français, et principalement les Normands, avaient des fiefs en
Angleterre. La coutume était que, quand il y avait guerre entre les deux nations, ceux qui, en vertu de ces

fiefs qu'ils possédaient dans l'un et dans l'autre royaume, étaient vassaux des deux rois, se déclarassent

pour le parti de celui dont ils tenaient le plus considérable de leurs fiefs, étant par là censés être ses sujets

naturels, tant que la guerre durait. Alors le prince contre lequel ils servaient, saisissait les autres fiefs du

seigneur, qui se trouvaient dans son royaume, sous la condition de les restituer après la guerre finie. Cette

coutume ne s'observait pas seulement entre les rois de France et d'Angleterre, on en usait de même toutes

les fois que l'empire était en guerre avec la France.

Le roi prit donc la résolution d'abolir cet usage à l'égard de l'Angleterre; et, dans une assemblée qu'il fit
de ces seigneurs qui avaient des fiefs dans les deux royaumes, il leur déclara qu'il leur laissait la liberté

entière de le choisir lui, ou le roi d'Angleterre, pour leur seul et unique seigneur; mais qu'il voulait qu'ils

se déterminassent pour l'un ou pour l'autre, alléguant à propos ce passage de l'Evangile, que personne

ne peut servir deux maîtres en même temps
. Quelque intérêt qu'eussent ces seigneurs à ne pas subir
cette nouvelle loi qui les privait, ou des biens qu'ils possédaient en Angleterre, ou de ceux qu'ils

possédaient en France, ils s'y soumirent néanmoins, les uns par complaisance pour le roi, les autres parce

qu'ils voyaient que leur résistance serait inutile. Quelques-uns passèrent au service d'Angleterre; la

plupart s'attachèrent à celui de France; et le roi dédommagea ceux-ci de ce qu'ils perdaient, en leur

donnant les terres de ceux qui le quittaient, ou d'autres récompenses. A cette nouvelle, le roi d'Angleterre,

qui avait le talent de faire toujours mal ce qu'il aurait pu bien faire, se livra à toute l'impétuosité de son

génie; et, sans garder aucune mesure, ni proposer aucune option, comme avait fait le roi de France, il

confisqua les terres que les seigneurs français, et principalement les Normands, possédaient dans ses

états. Ceux-ci en furent tellement irrités, qu'ils firent tous leurs efforts pour engager le roi à déclarer la

guerre à Henri; mais il les adoucit par ses promesses et ses libéralités.

Tandis que Louis prenait les mesures les plus efficaces pour maintenir la tranquillité dans le royaume,
l'Italie se trouvait livrée plus que jamais aux horreurs de la guerre civile, dont le pape rejetait toujours la

faute sur l'empereur, et l'empereur sur le pape.

L'empereur écrivait aux princes de l'Europe qu'il était disposé à s'en rapporter aux rois de France et
d'Angleterre pour ses intérêts les plus essentiels; et le pape protestait au contraire qu'il ne demandait que

l'exécution des paroles que l'empereur lui avait fait porter pour la paix, et que ce prince ne cherchait par

ses feintes et ses artifices qu'à en imposer à toute l'Europe, et à réduire l'Eglise et le Saint-Siége en

servitude. Il fulmina de nouveau l'excommunication contre lui. Il la fit publier partout, et même à Paris,

dans les églises.

Ce fut à cette occasion qu'un curé de cette capitale fit une action aussi hardie qu'elle était peu convenable.
Il monta en chaire et parla de cette sorte à ses auditeurs: «Vous saurez, mes frères, que j'ai reçu ordre de

publier l'excommunication fulminée par le pape contre Frédéric, empereur, et de le faire au son des

cloches, tous les cierges de mon église étant allumés. J'en ignore la cause, et je sais seulement qu'il y a

entre ces deux puissances de grands différends, et une haine irréconciliable. Je sais aussi qu'un des deux a

tort, mais j'ignore qui l'a des deux. C'est pourquoi, de toute ma puissance j'excommunie et je déclare

excommunié celui qui fait injure à l'autre, et j'absous celui qui souffre l'injustice d'où naissent tant de

maux dans la chrétienté.» Ce discours fit rire non-seulement dans l'auditoire et dans Paris, mais encore

dans tous les pays étrangers. L'empereur, qui l'apprit des premiers, en fit faire au curé des complimens

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