|
Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
pays; mais en trahissant son souverain, il était lui-même trahi par ses vassaux qui le haïssaient, et qui avaient moins dessein de le soutenir, que de l'engager à se perdre lui-même, en prenant le parti du roi d'Angleterre. En effet, Guillaume Arnaud, de l'ordre de Saint-Dominique, inquisiteur de la foi, et Etienne, de l'ordre de Saint-François, son collègue, ayant été assassinés par les Albigeois, dans le palais même du comte de Toulouse, à Avignon, et sans qu'il en eût fait faire les moindres perquisitions, le comte de Foix et les autres vassaux du comte prirent cette occasion pour dégager leur parole, protestant qu'ils ne reprendraient jamais les armes en faveur d'un fauteur d'hérétiques, et d'un persécuteur déclaré des catholiques. C'était cette conduite qui avait empêché le comte de Toulouse, abandonné par ses vassaux, de venir joindre, avec ses troupes, le comte de la Marche et le roi d'Angleterre; de sorte que jamais diversion ne fut plus favorable au roi, et c'est ce qui lui facilita beaucoup ses victoires. Le comte de Foix en profita pour secouer la domination du comte de Toulouse, et pour rendre son comté un fief relevant immédiatement de la couronne de France. Le comte de Toulouse, dans cet embarras, ne pensa plus qu'à faire sa paix avec le roi. Tandis que l'évêque de Toulouse agissait pour lui à la cour de France, il écrivait au roi pour lui demander pardon de sa révolte, et le laissa maître des conditions qu'il voudrait lui imposer. Louis lui pardonna, et lui accorda la paix, conformément à ce qui avait été convenu à l'ancien traité de Paris. Le comte, pour sûreté de sa parole, livra encore quelques forteresses au roi; il renonça à tout commerce avec les hérétiques, et fit punir de mort ceux qui avaient assassiné les inquisiteurs; et, pour marquer au roi la sincérité de son retour à l'obéissance qu'il devait à son souverain, il lui remit entre les mains les lettres de l'empereur Frédéric II, par lesquelles ce prince l'exhortait à continuer dans sa révolte.
Il serait difficile de pénétrer les motifs de cette conduite étrange du monarque allemand. Louis, malgré les grands avantages qu'on lui offre, refuse constamment de prendre les armes contre Frédéric. Frédéric, sans autre espérance que d'exciter des troubles, soulève contre lui une partie de son royaume. Que de générosité d'un côté, que de duplicité de l'autre! Telle est la supériorité de la véritable vertu!
Au mois d'avril 1243, la trève faite entre la France et l'Angleterre l'année précédente, après les batailles de Taillebourg et de Saintes, fut confirmée à Bordeaux et entièrement exécutée. Jusque-là, en considérant la manière dont on s'était comporté de part et d'autre, depuis que les armées eurent quitté la campagne, il semble qu'on n'avait fait qu'un simple projet de traité: par celui de Bordeaux le roi demeura en possession de toutes ses conquêtes. Henri lui rendit les places qu'il avait prises depuis la dernière campagne, et s'obligea de lui payer cinq mille livres sterlings en cinq années.
Le fruit des victoires de Louis et de cette trève, en même temps si glorieuse et si avantageuse, fut la tranquillité de la France, qui ne s'était depuis long-temps trouvée jouir d'une si profonde paix. C'est ce qui donna lieu à ce prince de penser plus que jamais à procurer celle de l'Eglise.
Il y avait dix-huit mois que le Saint-Siége était vacant par le décès de Célestin IV: les cardinaux en rejetaient la faute sur Frédéric, et Frédéric sur les cardinaux. Ceux-ci ce plaignaient surtout que l'empereur retenait encore dans ses prisons ceux de leurs collègues qu'il avait pris sur la mer, lorsqu'ils allaient au concile convoqué par Grégoire IX, et protestaient qu'ils n'éliraient point de pape que les cardinaux prisonniers ne fussent remis en liberté, afin de procéder ensemble à la nouvelle élection. L'empereur se relâcha sur ce point et délivra les cardinaux; mais voyant qu'il ne pouvaient encore s'accorder, que leurs divers intérêts les tenaient partagés, et qu'une affaire de cette importance n'était pas plus avancée qu'auparavant, il eut recours aux moyens les plus violens pour les contraindre à la finir: car il fit investir Rome par son armée, et ravager toutes les terres des cardinaux.
|