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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

lui-même ne se portait pas bien; et ce fut principalement cette dernière raison qui obligea le conseil de ce
prince à écouter les propositions du roi d'Angleterre, auquel on accorda, non pas la paix, mais une trève

de cinq ans.

Rien ne pouvait arriver de plus heureux pour les seigneurs de la suite de Henri: tous étaient réduits à la
dernière misère. Ils quittèrent l'armée sans congé pour regagner leur pays; mais n'osant s'embarquer en

Gascogne, parce que l'ancien comte de Bretagne, feignant d'ignorer la trève, infestait la Manche, ils

demandèrent la permission de passer par la France. Le roi leur fit donner tous les passeports nécessaires.

C'est une sorte de grâce, disait-il, que je ne refuserai jamais à mes ennemis. Ils traversèrent donc tout le

royaume pour se rendre à Calais, et en furent quittes pour des railleries qu'il leur fallut essuyer.

Quelques courtisans voulurent aussi mêler Henri dans leurs plaisanteries; mais Louis leur imposa silence
d'un ton très-sérieux. Quand ce ne serait pas, leur dit-il, fournir au roi mon frère un prétexte

de me haïr, sa dignité mérite bien qu'on en parle avec respect; il faut espérer que les aumônes et les

bonnes oeuvres qu'on lui voit faire, le tireront du mauvais pas où les méchans l'ont jeté par leurs conseils

imprudens
. Sentimens vraiment dignes d'un héros qui trouve toujours des motifs de faire grâce à un
ennemi malheureux; sentimens aussi dans un coeur tel que celui de saint Louis, conformes aux préceptes

de l'Evangile qui nous ordonne de pardonner à nos ennemis. Le saint monarque fit plus encore, il usa des

plus rudes menaces pour obliger le comte de Bretagne à laisser la mer libre. Le roi d'Angleterre en profita

pour se retirer dans son royaume, où les réflexions qu'il fit sur sa malheureuse expédition lui ôtèrent le

désir de revenir désormais soutenir en France les rebelles à leur souverain.

Ainsi finit l'année 1242 qui termina, à la gloire de saint Louis, une guerre dangereuse qui paraissait
devoir ruiner la France: guerre civile allumée par des vassaux également redoutables par leurs qualités

personnelles, par leurs alliances, par l'étendue, les richesses et la puissance de leurs domaines; guerre

étrangère projetée par les rois de Navarre, de Castille et d'Aragon; conseillée par un grand empereur,

entreprise et soutenue par un monarque puissant en hommes et en richesses. Louis, presque seul, trouva

dans sa prudence et son courage les moyens de résister à tant d'ennemis réunis; et, seul contre tous, les

réduisit à recourir à sa clémence et à ses bontés. Les rois de Navarre, de Castille et d'Aragon, n'osèrent se

joindre au roi d'Angleterre qui, vaincu deux fois, fut forcé de rentrer dans son île, et d'y paraître dans

l'état le plus déplorable; enfin les vassaux rebelles à la France, humiliés et domptés, contraints de rentrer

dans leur devoir, sans pouvoir en sortir.

Quand on réfléchit que Louis n'avait que vingt huit ans lorsqu'il exécuta de si grandes choses, et que son
caractère était encore fort au-dessus de sa fortune, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'un tel prince,

par ses grandes qualités et ses vertus, était né pour commander à l'univers, et pour en faire le bonheur.

Louis, après avoir pourvu à la tranquillité des pays qu'il venait de soumettre, revint à Paris, et fut reçu des
habitans avec ces transports de joie qu'ils ont coutume de faire éclater lorsqu'ils revoient leur prince

couvert de gloire, surtout lorsqu'il les a eux-mêmes préservés des malheurs de la guerre.

Leur joie augmenta encore par la naissance d'un prince auquel la reine Marguerite donna naissance dans
le même temps. Il fut tenu sur les fonts par l'abbé de Saint-Denis, baptisé par l'évêque de Paris, et nommé

Louis comme son père et son aïeul.

Après avoir dompté les Anglais et les rebelles, le roi avait encore à soumettre le comte de Toulouse. Il
avait été un des principaux et des plus ardens chefs de la ligue. Il y avait fait entrer Roger, comte de Foix;

Amauri, vicomte de Narbonne; Pons de Olargues, et quantité d'autres des plus puissans seigneurs du

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