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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

Après cette déroute, le roi d'Angleterre, qui n'avait que très-peu de troupes réunies, les autres étant
dispersées par leur fuite, était au moment d'être enveloppé dans la campagne, et d'être fait prisonnier. Le

comte Richard voyant le péril auquel le roi son frère était exposé, trouva le moyen de l'en garantir. Il

savait que le roi de France l'estimait, qu'il avait de l'amitié pour lui, et que les grands services qu'il avait

rendus dans la Palestine à plusieurs seigneurs français, en les tirant des mains des Infidèles, lui avaient

acquis une grande considération à la cour de France. Il quitta son casque et sa cuirasse; il s'avança vers

l'armée française, n'ayant qu'une canne à la main, et demanda à parler au comte d'Artois, frère du roi. Le

comte s'étant avancé, et l'ayant reçu avec beaucoup de civilité, Richard le pria de le conduire au roi. Ce

prince, que la modération n'abandonna jamais, même au sein de la victoire, fit beaucoup de caresses à

Richard, et l'assura de la disposition où il était de lui donner toute satisfaction. Richard le supplia de lui

accorder une suspension d'armes pour le reste de la journée et jusqu'au lendemain. Le roi, toujours porté

à la paix, lui accorda sa demande, et lui dit ces paroles en le congédiant: «Monsieur le comte, la nuit

porte avis, donnez-en un salutaire au roi d'Angleterre, et faites en sorte qu'il le suive.» Le roi voulait lui

faire entendre qu'il devait conseiller à Henri de faire une bonne paix avec la France, et de se départir de la

protection qu'il donnait à des rebelles contre leur souverain. Mais Richard pensa d'abord à mettre la

personne du roi son frère en sûreté. Il piqua vers le lieu où il était, et lui ayant appris qu'il avait obtenu

une suspension d'armes pour le reste du jour et pour la nuit, il le pressa de partir, et de se retirer dans la

ville de Saintes: ce qu'il fit sans tarder, avec ce qu'il avait pu recueillir de ses troupes. Il y trouva le comte

de la Marche, qui était aussi affligé que lui de cette malheureuse journée. Il lui parla avec beaucoup

d'aigreur, lui fit de grands reproches de l'avoir engagé mal à propos dans cette guerre, sans lui tenir les

paroles qu'il lui avait données. Où sont, lui demanda-t-il en colère, le comte de Toulouse, le roi d'Aragon,

les rois de Castille et de Navarre, et toutes ces nombreuses troupes qui devaient accabler le roi de

France?

Le comte en rejeta toute la faute sur la comtesse reine, sa femme. C'est votre mère, lui répondit-il, dont la
rage contre la France, l'ambition insatiable, et le zèle aveugle qu'elle a pour votre agrandissement, ont lié

toute cette partie, et lui ont fait regarder comme immanquables des desseins chimériques. J'y perds, et

elle aussi, plus que vous.

Cependant le roi, pendant la nuit, fît passer le pont de Taillebourg à toute son armée, et établit son camp
au même lieu où le roi d'Angleterre avait eu le sien le jour précédent. Dès le matin il envoya faire un

grand fourrage jusque sous les murailles de Saintes, et l'on en ravagea tous les environs.

Le comte de la Marche espérant avoir sa revanche, fit, sans consulter le roi d'Angleterre, une grande
sortie sur les fourrageurs qui s'étaient débandés, et les chargea vigoureusement, suivi de ses trois fils et

d'un corps considérable de Gascons et d'Anglais, outrés de leurs défaite du jour précédent, et de cette

nouvelle hardiesse des Français. Ceux-ci se défendirent avec la même vigueur qu'ils étaient attaqués, et

quoiqu'en nombre beaucoup inférieur, ils firent ferme et se battirent en retraite, mais avec grande perte.

Trois cents hommes de la commune de Tournai furent taillés en pièces, et le reste était dans un danger
évident d'être enveloppé; car le roi d'Angleterre, dissimulant sagement son ressentiment, envoyait sans

cesse de nouvelles troupes au comte de la Marche, et sortit même pour le soutenir. L'officier qui

commandait le fourrage des Français, se voyant en cette extrémité, envoya promptement demander du

secours au camp. Le comte de Boulogne, dont le quartier était le plus avancé, ayant reçu cet avis, courut

aussitôt le porter au roi, et fit en même temps prendre les armes à toutes les troupes. Chacun se rangea

sous ses drapeaux, et le roi fit avancer à grands pas les escadrons et les bataillons qui se trouvèrent le

plus tôt en état de marcher. Ces premières troupes arrêtèrent la furie de l'ennemi. Le comte de Boulogne

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