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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

la Charente, et s'avança vers Taillebourg, place située sur cette rivière.

Le roi d'Angleterre s'étant mis en marche avec ses troupes, s'était rendu à Saintes, où il avait passé
quelques jours pour y grossir son armée des troupes du comte de Toulouse, et des autres seigneurs ligués

que le comte de la Marche lui avait fait espérer, et qui ne venaient qu'en petit nombre.

Cependant il sortit de cette ville, et marcha en descendant la Charente, pour en défendre le passage contre
l'armée française. Il se campa sous Tonnay-Charente, et ayant appris que le roi prenait la route de

Taillebourg, il vint se poster vis-à-vis cette place, qu'il trouva déjà rendue au roi: ce prince s'y était logé

avec les principaux seigneurs, et avait fait camper son armée dans la prairie aux environs de la ville.

Bataille de Taillebourg, où le roi est victorieux.

Les deux armées n'étaient séparées que par la rivière, qui en cet endroit est fort profonde, mais peu large.
Le roi d'Angleterre avait vingt mille hommes de pied, six cents arbalétriers, et seize cents chevaliers, qui,

en comptant leur suite, faisaient un corps très-considérable de cavalerie. Le roi, en commençant la

campagne, avait autant d'infanterie, et presque le double de cavalerie, mais il en avait perdu une partie

par les siéges et par les maladies que les grandes chaleurs avaient causées.

Son dessein était de passer la Charente, et celui du roi d'Angleterre de l'en empêcher. La profondeur de la
rivière était un grand obstacle pour les Français.

Il y avait devant Taillebourg un pont de pierre, mais si étroit qu'il y pouvait à peine passer quatre
hommes de front. Henri s'en était emparé, aussi bien que d'un fort qui était de son côté à la tête du pont.

Louis cependant pensait à forcer ce passage. Il avait fait préparer sur la rivière quantité de bateaux, pour

s'en servir à faire passer le plus qu'il pourrait de ses troupes, dans le même temps qu'il ferait attaquer le

pont.

L'ardeur du soldat ne lui permit pas de délibérer plus long-temps, et un mouvement que le roi
d'Angleterre fit faire à son armée pour l'éloigner du bord de la rivière, de deux portées d'arc, engagea

l'affaire lorsque le roi y pensait le moins.

Quelques officiers de l'armée française prirent ce mouvement pour une retraite. Dans cette pensée, cinq
cents hommes, sans en avoir reçu l'ordre, se détachent, et attaquent le pont. L'exemple de ceux-ci en

entraîna d'autres, plusieurs se jetèrent dans les bateaux et gagnèrent l'autre bord.

Les Anglais soutinrent vaillamment l'attaque du pont, et on se battit dans ce défilé avec beaucoup de
valeur de part et d'autre. Les assaillans n'ayant pu d'abord emporter ce poste, leur ardeur, comme il arrive

dans ces attaques brusques, se ralentit par la résistance des ennemis. Le roi, qui était accouru au bruit, les

ranima par sa présence, et encore plus par son exemple. Il s'avança le sabre à la main, et, se jetant au plus

fort de la mêlée, suivi de plusieurs seigneurs, il poussa les Anglais hors du pont et s'en rendit maître.

Le péril ne fit qu'augmenter par cet avantage: car le roi ayant très-peu de terrein, et ses soldats n'arrivant
qu'à la file par le pont, et peu pouvant passer en même temps dans les bateaux, il se trouva exposé à toute

l'armée ennemie, avec une fort petite troupe; mais l'ardeur qu'inspire un premier succès suppléant au

nombre, on fit reculer les Anglais, on gagna du terrein; la plupart des troupes passèrent, et se rangèrent

en bataille à mesure qu'elles arrivaient. Les Anglais auxquels on ne donna pas le temps de revenir de leur

première frayeur, reculèrent et ensuite tournèrent le dos: on les poursuivit l'épée dans les reins jusqu'à

Saintes où plusieurs Français, emportés par leur ardeur et par la foule, entrèrent mêlés avec eux, et furent

faits prisonniers. Cette action se passa la veille de la Magdelaine de l'année 1242.

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