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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

toutes ses sûretés, et fut en un moment hors de la ville, avec sa femme et toute sa famille.

Alphonse ne tarda pas à informer la cour de ce qui s'était passé, et le roi comprit qu'il en fallait venir à la
guerre. Le comte de la Marche s'y était bien attendu; il ne pensa plus qu'à mettre ses forteresses en état de

défense, et à lever des troupes. Il envoya en Angleterre demander au roi l'exécution de la parole qu'il lui

avait donnée de passer incessamment en France. Il lui manda qu'il devait moins se mettre en peine

d'amener des troupes, que d'apporter beaucoup d'argent; qu'en arrivant il trouverait une armée prête à lui

obéir; qu'il était assuré du comte de Toulouse, du roi d'Aragon, du roi de Navarre, de toute la noblesse de

Poitou et de Gascogne, qui n'attendait que son arrivée pour se déclarer contre la France, et pour le

remettre en possession des provinces que les rois ses prédécesseurs avaient perdues sous les derniers

règnes.

Le roi d'Angleterre, qui attendait avec impatience quelque coup d'éclat de la part du comte, apprit cette
nouvelle avec joie. Il promit à l'envoyé tout ce que son maître demandait, et lui dit qu'il assemblerait

incessamment son parlement pour se mettre en état de passer la mer aux fêtes de Pâques. En effet, il fit

expédier des lettres circulaires à tous ceux qui avaient droit d'y assister, par lesquelles il leur ordonnait de

se rendre à Londres, afin de lui donner leurs avis sur des affaires de la dernière importance pour le bien

de l'état.

Tandis que les membres du parlement se disposaient à s'assembler à Londres, le comte Richard, frère du
roi, arriva de son voyage de la Palestine, où il avait acquis beaucoup plus de gloire que le roi de Navarre

et les autres seigneurs français qui s'y étaient trouvés en même temps que lui, et dont plusieurs lui étaient

redevables de leur salut et de leur liberté.

Lorsque le roi d'Angleterre eut communiqué son dessein au prince son frère, voyant qu'il avait son
approbation, il résolut de surmonter tous les obstacles qu'on pourrait y apporter. Il avait bien prévu que le

parlement n'approuverait pas cette guerre: il en fut encore plus convaincu lorsqu'il apprit que la plupart

des membres, étant arrivés à Londres, s'étaient mutuellement donné parole, avec serment, de ne consentir

à aucune levée d'argent, quelques instances que le roi pût faire. Ils tinrent leur parole; car, sur l'exposition

que le roi leur fit de son dessein dans la première assemblée, en leur représentant fortement la gloire et

l'avantage que la nation retirerait de cette guerre, où elle réparerait les pertes que la couronne avait faites

depuis plusieurs années, ils répondirent tous d'une voix que cette entreprise n'était point de saison, qu'elle

ne pouvait réussir sans d'excessives dépenses, que le royaume était épuisé par les levées que le roi avait

faites depuis long-temps sur le peuple, et qu'on était dans l'impuissance d'en supporter de nouvelles.

Le roi, voyant cette opposition universelle, n'insista pas davantage pour le moment; il les pria seulement
de faire attention à ce qu'il leur avait proposé, de ne pas oublier le zèle qu'ils devaient avoir pour la gloire

de la nation, qu'il les rassemblerait le lendemain, et qu'il espérait de les revoir dans de meilleures

dispositions. Cependant il vit en particulier chacun des plus accrédités du parlement; il les conjura de ne

point s'opposer à un si glorieux dessein, les assurant que plusieurs d'entre eux, quoi qu'ils eussent dit dans

l'assemblée, lui avaient promis secrètement de l'aider. Il leur montrait même une liste de leurs noms, et

des sommes qu'ils s'étaient engagés de lui fournir. Quoique ce fût un pur artifice de la part du roi,

quelques-uns s'y laissèrent surprendre, mais le plus grand nombre s'en tint à la résolution prise le jour

précédent. Le parlement s'étant rassemblé, et le roi ayant réitéré ses représentations, plusieurs lui

répétèrent ce qu'ils lui avaient déjà dit touchant l'épuisement du royaume, en ajoutant qu'il s'était engagé

dans la ligue contre la France sans les consulter, et qu'il pouvait, s'il voulait soutenir cet engagement, le

faire à ses frais; qu'il n'était ni de son honneur, ni de sa conscience, de faire la guerre à la France avant la

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