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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

Compiègne; il l'avait en même temps investi du comté d'Artois, et lui avait fait épouser Mathilde, fille du
duc de Brabant. Il voulut alors faire aussi chevalier Alphonse, son troisième frère. La cérémonie s'en fit

le jour de Saint-Jean, à Saumur, où il avait convoqué toute la noblesse de France avec un grand nombre

d'évêques et d'abbés; et, quelques jours après, il le mit en possession des comtés de Poitou et d'Auvergne.

Entre ceux qui s'y trouvèrent, les plus considérables furent: Pierre, comte de Bretagne; Thibault, roi de

Navarre, l'un et l'autre revenus depuis quelque temps de la Palestine; Robert, comte d'Artois; le jeune

comte de Bretagne; le comte de la Marche; le comte de Soissons; Imbert de Beaujeu, connétable de

France; Enguerrand de Coucy, et Archambaud de Bourbon. Chacun affecta de s'y distinguer par la

magnificence des habits et des équipages, et par une nombreuse suite de gentilshommes.

Tout se passa, au moins en apparence, avec une satisfaction universelle, et le roi, au sortir de Saumur,
mena le nouveau comte de Poitou dans la capitale de son comté. Le jeune prince y reçut les hommages

de ses vassaux, et le roi commanda au comte de la Marche de faire le sien comme les autres. Il obéit avec

beaucoup de répugnance. Il fit hommage pour son comté de la Marche, et pour les autres domaines qu'il

possédait en Poitou, en Saintonge et en Gâtinais.

A cette occasion, la reine Isabelle, sa femme, qui lui inspirait sans cesse des sentimens de révolte, le fit
ressouvenir des engagemens qu'il avait pris avec le roi d'Angleterre et avec le comte de Toulouse. «Ce

serait une lâcheté honteuse, disait-elle sans cesse à son mari, que de se reconnaître vassal du comte de

Poitiers. Le trône n'est pas tellement affermi dans la maison de Louis, qu'il ne puisse être ébranlé.

L'Angleterre n'attend que le moment favorable pour se faire justice des usurpations de Philippe-Auguste.

L'empereur lui-même, malgré les obligations qu'il a aux Français, les comtes d'Armagnac, de Foix, les

vicomtes de Lomagne et de Narbonne, tout est prêt à se déclarer contre le fils de Blanche.» C'est

le nom qu'elle affectait de donner au monarque. Elle lui persuada enfin de réparer, au moins par quelque

marque de mécontentement, la honteuse démarche qu'il venait de faire.

Après toutes ces cérémonies, le roi était parti pour se rendre à Paris, et avait laissé à Poitiers le comte son
frère, qui, n'ignorant pas les menées du comte de la Marche, dont toute l'application tendait à soulever la

noblesse d'au-delà de la Loire, voulut qu'il lui renouvelât son hommage. Il l'envoya prier de venir à

Poitiers aux fêtes de Noël. Le comte s'y étant rendu, Alphonse lui déclara ses intentions. Il répondit qu'il

était prêt à lui donner cette satisfaction, et que dès le lendemain il lui ferait son hommage. Mais ayant

rendu compte à sa femme de ce qu'on lui avait proposé, et de ce qu'il avait promis, elle se moqua de lui,

lui disant qu'ayant donné dans un piége qu'il devait avoir prévu, il n'eût pas dû avoir la faiblesse

d'engager ainsi sa parole, et lui ajouta qu'il était temps de se déclarer, et de rompre ouvertement avec le

comte de Poitiers. Ils concertèrent ensemble la manière de le faire, et voici comme ils s'y prirent.

Le comte de la Marche se révolte contre le comte de Poitiers.

Le comte de la Marche, s'étant fait escorter par un grand nombre de gens armés, vint trouver le prince qui
l'attendait à dîner, et lui parla de la manière la plus audacieuse. «Vous m'avez surpris et trompé, lui dit-il,

pour m'engager malgré moi à vous faire hommage; mais je vous déclare et je jure que jamais je ne le

ferai. Vous êtes un injuste qui avez envahi le comté et le titre de comte sur le comte Richard, fils de la

reine mon épouse, tandis qu'il était occupé à combattre dans la Palestine pour la foi, et à tirer de la

captivité et de la tyrannie des infidèles la noblesse française qui, sans lui, y serait encore.» Il ajouta

plusieurs menaces en se retirant, monta aussitôt sur un cheval qu'on lui tenait tout prêt, et sortit de

Poitiers, après avoir mis le feu à la maison où il avait logé. Il traversa avec grand bruit toute la ville, qu'il

laissa dans un grand étonnement d'une si prodigieuse audace. Le prince, surpris de cette incartade,

n'aurait pas manqué de le faire arrêter, s'il avait eu le temps de se reconnaître; mais le comte avait pris

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