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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

pensa le brouiller avec la France. Le roi, ayant appris le traitement qu'on leur avait fait, écrivit à Frédéric
pour se plaindre et demander leur délivrance. «Il lui disait dans sa lettre que, s'il voulait que la bonne

intelligence subsistât entre les deux états, il fallait qu'il mît au plus tôt les évêques français en liberté;

qu'ils n'avaient eu aucun mauvais dessein contre lui, mais que l'obéissance qu'ils devaient au Saint-Siége

ne leur avait pas permis de manquer d'aller au concile; qu'il devait se souvenir de la conduite qu'on avait

tenue en France à son égard, du refus qu'on avait fait au légat du pape du secours qu'il demandait, et des

propositions avantageuses qu'on n'avait pas voulu écouter, pour ne rien faire à son préjudice. Qu'au reste,

il lui déclarait qu'il regardait l'emprisonnement des évêques comme une injure faite à sa propre personne,

et que si on ne les relâchait incessamment, il lui ferait connaître qu'on n'était point d'humeur en France à

se voir impunément insulté.» C'étaient là les dernières paroles de sa lettre.

L'empereur répondit assez fièrement à cette lettre, et sans rien promettre au roi de ce qu'il lui demandait;
il terminait sa réponse en disant que ces prélats avaient conspiré contre lui avec le pape; qu'il était en

droit de les regarder comme ses ennemis, de les faire mettre en prison et de les y retenir. Les choses

s'adoucirent néanmoins, et l'histoire, sans nous faire le détail des négociations qu'il y eut sur ce sujet,

nous apprend que les évêques furent délivrés, l'empereur, après de plus sérieuses réflexions, ayant

appréhendé que le roi ne se liguât avec le pape. Les choses étaient en cet état, lorsque Grégoire IX

mourut. Célestin IV lui succéda, et ne vécut que dix-huit jours après son exaltation sur le siége pontifical,

qui ne fut rempli que vingt mois après par l'élection d'Innocent IV.

Le roi, âgé de vingt-six ans, avait, par les conseils et la prudente conduite de la reine, sa mère, rétabli
l'autorité royale à peu près au même état où la sagesse et la fermeté de son père et de son aïeul l'avaient

portée. Les grands vassaux paraissaient soumis, et il avait pris la résolution de maintenir la tranquillité

dans ses états, au point qu'il pût lui-même conduire dans quelque temps du secours aux chrétiens de

l'Orient. Mais l'esprit d'indépendance, suite dangereuse du gouvernement féodal, n'était pas encore éteint.

Il était difficile que le roi d'Angleterre, le comte de Toulouse et le comte de la Marche, regardassent

tranquillement la prospérité de Louis. Le premier, par la félonie de ses ancêtres, avait trop perdu sous les

règnes précédens, et le second, sous le règne présent. Le troisième était un esprit inquiet; il avait une

femme trop impérieuse, et fière de sa qualité de reine, qui le gouvernait, et souffrait très-impatiemment

de voir son mari vassal du roi de France. Nul d'eux, séparément des autres, eût été fort à craindre; mais,

unis ensemble, ils pouvaient causer beaucoup de désordre. Jacques, roi d'Aragon, qui possédait

Montpellier et d'autres fiefs, était aussi assez disposé à entrer dans leurs intrigues.

Il s'était tenu, l'année précédente, une conférence à Montpellier, entre lui, le comte de Toulouse et le
comte de Provence, dans laquelle, entre autres résolutions qu'ils y avaient prises, ils avaient fait avec le

roi d'Angleterre une ligue pour attaquer la France. La conduite du comte de Provence paraissait, en cette

occasion, pleine d'ingratitude, vu qu'il était beau-père du roi, qu'il lui avait de grandes obligations, et

même de toutes récentes pour avoir garanti la Provence, que l'empereur avait voulu faire envahir par le

comte de Toulouse. Le roi d'Angleterre avait signé vers l'an 1238, une prolongation de trève, pour

quelques années avec la France: mais cherchant un prétexte plausible pour la rompre, il le trouva dans le

dessein que le roi avait d'investir incessamment Alphonse, son frère, du comté de Poitou, parce qu'Henri

lui-même, plusieurs années auparavant, avait donné l'investiture de ce comté qu'il prétendait lui

appartenir, à Richard son frère. Ce traité demeura secret jusqu'à ce qu'on se crût en état de l'exécuter: ce

fut le comte de la Marche qui, le premier, leva le masque à l'occasion suivante.

Le roi, en exécution du testament du roi son père, donnait à ses frères, dès qu'ils avaient atteint l'âge de
vingt et un ans, les apanages qui leur étaient destinés. En 1238 il avait fait Robert, son frère, chevalier à

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