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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

venger, quelque temps après, par l'opposition qu'il fit à l'élection de Pierre-Charlot, fils naturel de
Philippe-Auguste, à l'évêché de Noyon, sous prétexte qu'il n'était pas légitime, et que les canons

excluaient les bâtards de l'épiscopat. Le roi sentit l'injustice de ce procédé; il déclara que nul autre que

son oncle ne posséderait cet évêché: Pierre en fut effectivement mis en possession sous le pontificat

d'Innocent IV.

Tant de maux qui affligeaient l'Eglise, auraient dû toucher le pape et l'empereur; mais ni l'un ni l'autre ne
voulaient se relâcher. Leurs prétentions étaient si contraires, qu'il n'y avait pas d'apparence de les

rapprocher par la négociation, et il n'était guère possible d'imaginer une voie dont ils pussent convenir.

Les lettres de l'empereur aux rois de France et d'Angleterre prouvent manifestement que ces deux princes

s'intéressaient vivement à la réunion du pape et de l'empereur, et que ce furent les deux rois qui, pour y

parvenir, proposèrent la convocation d'un concile général, au jugement duquel les deux parties se

rapporteraient. Le pape y consentit, et l'empereur fit de vives instances pour qu'il s'assemblât au plus tôt.

Le pape fit donc expédier des lettres circulaires pour la convocation du concile. Il en envoya à l'empereur
de Constantinople, aux rois de France et d'Angleterre, et généralement à tous les princes chrétiens, aux

patriarches, aux évêques et aux abbés, et il leur marqua le temps auquel ils devaient se rendre à Rome

pour l'ouverture du concile, qui fut fixée au jour de Pâque 1241. On proposa même une trève jusqu'à ce

temps-là: mais, ou elle ne se fit pas, ou elle dura peu. Les uns en attribuent la faute au pape, les autres à

l'empereur. Nonobstant la guerre, le pape ne laissa pas de presser l'assemblée du concile. L'empereur

écrivit au roi pour le prier de défendre aux évêques de France d'aller à Rome, déclarant qu'il ne leur

donnerait point de sauf-conduit, ni par mer, ni par terre, et qu'il ne serait point responsable des malheurs

qui pourraient leur arriver sur le chemin.

Cependant le cardinal de Palestine assembla à Meaux un grand nombre d'évêques et d'abbés et leur
commanda, en vertu de l'obéissance qu'ils devaient au pape, de quitter toutes autres affaires et de le

suivre à Rome, afin d'y arriver au temps marqué pour le concile. Il les assura qu'ils trouveraient à

l'embouchure du Rhône des vaisseaux tout équipés pour les transporter par mer, le chemin par terre étant

impraticable, parce que l'empereur était maître de tous les passages.

Le roi, après avoir mûrement délibéré s'il déférerait aux prières de l'empereur, ou aux instances du légat,
résolut de demeurer neutre. Il se détermina à laisser aux évêques la liberté de prendre le parti qu'ils

voudraient. La plupart de ceux qui s'étaient trouvés à Meaux, prirent la résolution d'obéir au pape. Ils se

rendirent à Vienne avec le légat; mais, lorsqu'ils y furent arrivés, ils ne trouvèrent pas ce qu'on leur avait

promis. Il y avait bien à la vérité quelques vaisseaux préparés, mais en si petit nombre et si mal armés,

que de s'y embarquer, c'était s'exposer au danger d'être pris par les armateurs de l'empereur, qui couraient

toute la Méditerranée.

Sur cela les archevêques de Tours et de Bourges, l'évêque de Chartres, et les députés de plusieurs autres
évêques, qui ne voulaient assister au concile que par procureur, quittèrent le légat et s'en retournèrent

chez eux; d'autres hasardèrent le passage, mais pour leur malheur: car Henri, fils naturel de l'empereur,

les ayant rencontrés, les attaqua à la hauteur de la ville de Pise. Après quelque résistance, il les obligea de

se rendre, et les envoya dans différentes forteresses de la Pouille pour y être étroitement gardés. Quelques

prélats d'Angleterre et d'Italie, qui s'étaient joints aux Français à Gênes, ne furent pas mieux traités. Cet

accident et la mort de Grégoire IX, arrivée sur ces entrefaites, rompirent toutes les mesures prises pour le

concile.

La nouvelle qu'on reçut alors de l'emprisonnement des prélats français par les armateurs de l'empereur,

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