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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France
Cependant Frédéric, pour convaincre toute l'Europe de la sincérité de ses intentions, se prépara pour le voyage de la Terre-Sainte, et partit en effet en l'année 1228, avec vingt galères seulement et peu de troupes, mais suffisantes pour sa sûreté, ayant confié au duc de Spolette la plus grande partie de celles qu'il laissait en Europe, avec ordre de continuer en son absence la guerre contre le pape.
Je n'entrerai pas dans le détail de l'expédition de Frédéric dans la Palestine; elle est étrangère à l'histoire du règne de saint Louis. Je dirai seulement que Frédéric, ayant fait une trève avec le soudan d'Egypte, alla à Jérusalem avec son armée, qu'il fit ses dévotions dans l'église du Saint Sépulcre, et que, prétendant avoir accompli son voeu, il revint en Europe. Etant arrivé en Italie, il continua à faire la guerre au pape. Après différens événemens, toutes ces dissensions furent terminées par une paix que ces deux princes firent entre eux, suivie de l'absolution que le pape donna à Frédéric de l'excommunication qu'il avait fulminée contre lui.
Plusieurs années se passèrent sans aucune rupture éclatante jusque vers l'année 1239. Frédéric, après avoir soumis plusieurs villes confédérées de la Lombardie, s'empara de l'île de Sardaigne, que les papes depuis long-temps regardaient comme un fief relevant de l'église de Rome. Il en investit Henri son fils naturel, et érigea en royaume feudataire de l'empire cette île, qu'il prétendait en avoir été injustement démembrée. A cette occasion, le pape fulmina une nouvelle excommunication contre Frédéric, et envoya la formule à tous les princes et tous les évêques de la chrétienté, avec ordre de la faire publier les dimanches et fêtes pendant l'office divin; et il déclara tous les sujets de Frédéric relevés du serment de fidélité qu'ils lui avaient fait.
Ce prince accoutumé depuis long-temps au bruit de tous ces foudres[1], s'en mettait fort peu en peine, et s'en vengeait en toute occasion sur les partisans du pape. Mais Grégoire prévoyant que les armes spirituelles produiraient peu d'effet contre un pareil ennemi, écrivit à plusieurs souverains, et leur envoya des légats pour demander des secours temporels. Le pape ne trouva pas beaucoup de princes disposés à lui en procurer, car dans ce temps-là il y avait des personnes instruites et sensées, qui ne pensaient pas que les papes pussent excommunier les princes, ou les particuliers, pour des intérêts civils, parce que Jésus-Christ avait dit, que son royaume n'était pas de ce monde.
[Note 1: Ce sont les termes dont se sert le P. Daniel, pag. 209 du 3e vol. de son Histoire de France, édition de 1722.]
Le pape écrivit d'Anagnie une lettre au roi de France dans laquelle, après de grands éloges des rois ses prédécesseurs dont il relevait surtout la piété et le zèle à défendre la sainte église contre ses persécuteurs, il priait le roi de ne le pas abandonner, et de l'assister de ses troupes dans la nécessité fâcheuse où il était de prendre les armes contre l'empereur.
Afin de l'y engager plus fortement, il lui fit présenter une autre lettre[1] pour être lue dans l'assemblée des seigneurs de France, parce qu'elle leur était adressée aussi bien qu'au roi: elle était conçue en ces termes:
[Note 1: Matthieu Paris, Henric. III, ad ann. 1239.]
«L'illustre roi de France, fils spirituel, bien-aimé de l'église, et tout le corps de la noblesse française, apprendront par cette lettre que du conseil de nos frères, et après une mûre délibération, nous avons condamné Frédéric, soi disant empereur, et lui avons ôté l'empire, et que nous avons élu en sa place le comte Robert, frère du roi de France, que nous le soutiendrons de toutes nos forces, et le maintiendrons par toutes sortes de moyens, dans la dignité que nous lui avons conférée. Faites-nous donc connaître
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