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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

de Brabant, princesse en grande réputation de sagesse. Alphonse, par le traité qui mit fin aux croisades
contre les Albigeois, avait été promis à la princesse Jeanne, fille unique du comte de Toulouse; mais,

comme ils n'étaient alors l'un et l'autre que dans la neuvième année de leur âge, la célébration de leurs

noces avait été différée jusqu'à ce moment.

Quelques jours après, le monarque, qui eut toujours pour ses frères la plus tendre affection, arma ces
deux princes chevaliers, l'un à Compiègne, l'autre à Saumur. Alors il donna à Robert pour son apanage le

comté d'Artois, et à Alphonse le Poitou et l'Auvergne; et, pour me servir du terme qui était alors en

usage, il les investit de ces provinces, c'est-à-dire, qu'il les en mit en possession. On observe que

la cérémonie de leur chevalerie se fit avec une magnificence qui avait peu d'exemples. Ce fut, dit

Joinville, la nonpareille chose qu'on eût oncques vue. Il y eut toutes sortes de courses et de

combats de barrière. C'est ce qu'on appelait tournois.

Démêlés de l'empereur Frédéric avec les papes.

Pendant que la paix dont la France jouissait, donnait à Louis le temps de s'occuper de ces fêtes utiles et
agréables; pendant qu'il vivait en bonne intelligence avec les princes ses voisins, il s'était élevé dans

l'Europe une guerre entre le pape Grégoire IX et l'empereur Frédéric II, qui causa beaucoup de scandale

dans la chrétienté. Les deux princes firent tous leurs efforts, chacun de leur côté, pour engager Louis dans

leurs intérêts. Ils voulurent même le prendre pour médiateur. Ce prince essaya tous les moyens pour les

concilier; n'ayant pu y réussir, il se conduisit dans cette affaire avec tant de prudence et de

désintéressement; il fit paraître tant de zèle pour la religion et le bien de l'Eglise, tant de générosité et de

modération, qu'il fut regardé comme le prince le plus sage de l'Europe. On en verra la preuve dans

l'extrait que je vais donner de cette grande affaire.

Frédéric II, profitant du malheur d'Othon, son concurrent à l'empire, qui mourut après la célèbre victoire
remportée sur lui à Bouvines, en l'année 1214 par Philippe-Auguste, roi de France, aïeul de Louis, fut

couronné empereur à Aix-la-Chapelle, et ensuite à Rome par le pape Honoré III.

Frédéric était un prince d'un génie et d'un courage au-dessus du commun. Son ambition lui fit d'abord
tout promettre au pape Honoré III, pour parvenir à l'empire. Mais ensuite jaloux à l'excès de son autorité,

et toujours attentif à n'y laisser donner aucune atteinte par les papes, il eut de grands démêlés avec eux,

parce que leurs intérêts se trouvaient presque toujours opposés aux siens.

Mais ce fut sous le pontificat de Grégoire IX, que se firent les grands éclats. L'occasion et le fondement
de ces divisions fut l'engagement que Frédéric avait pris avec les papes Innocent III et Honoré III, de

passer la mer avec une armée, pour aller combattre les infidèles dans la Palestine. C'était par cette

promesse qu'il avait gagné ces deux pontifes, et ce fut en manquant à sa parole qu'il excita contre lui

Grégoire IX, leur successeur. Ce pape excommunia Frédéric, conformément au traité fait entre lui et le

pape Honoré III, par lequel il se soumettait à l'excommunication, si, dans le temps marqué, il

n'accomplissait pas son voeu.

Frédéric, outré de la rigueur dont Grégoire usait à son égard, ne pensa plus qu'à satisfaire son
ressentiment. Outre les manifestes qu'il répandit dans toute l'Europe pour justifier sa conduite, par les

nécessités pressantes de son état, qui l'obligeaient à différer son voyage, il mit plusieurs seigneurs

romains dans son parti, en achetant toutes leurs terres argent comptant, et les leur rendant ensuite. Il les

fit par ce moyen ses feudataires et princes de l'empire, avec obligation de le servir envers tous et contre

tous. Le premier service qu'ils lui rendirent, fut d'exciter dans Rome une sédition contre le pape, qui,

ayant été contraint d'en sortir, fut obligé de se retirer à Pérouse.

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