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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

rendrait un grand service à son pays, s'il pouvait faire périr Louis. Pour cet effet, il commanda à deux de
ses sujets, toujours disposés à exécuter aveuglément ses ordres, de prendre leur temps pour aller

assassiner ce prince. Ils partirent dans cette résolution, mais la providence de Dieu qui veillait à la

conservation d'une tête si précieuse, toucha le coeur du prince assassin par le moyen de quelques

chevaliers du Temple[1], qui lui firent des représentations a ce sujet. Il envoya un contre-ordre; ceux qui

le portaient arrivèrent heureusement en France avant ceux qui étaient chargés du premier ordre, et

avertirent eux-mêmes le roi. Ce prince profita de cet avis, et se fit une nouvelle compagnie de gardes,

armés de massues d'airain, qui l'accompagnaient partout, persuadé que la prudence humaine, renfermée

dans ses justes bornes, n'est point opposée à la soumission aux décrets de la Providence. On fit la

recherche des deux assassins, et on les découvrit. On les renvoya sans leur faire aucun mal: on leur donna

même des présens pour leur maître, que l'aveugle obéissance de ses sujets rendait redoutable. Mais le roi

le traita depuis honorablement dans son voyage de la Terre-Sainte, comme je le dirai dans la suite.

[Note 1: Nangius in Historiá Ludovici.]

Cette visible protection du Ciel fut un nouveau motif au roi pour redoubler sa ferveur et sa piété. Il les fit
paraître quelque temps après, en dégageant à ses frais la couronne d'épines de Notre-Seigneur, un

morceau considérable de la vraie croix, et d'autres précieuses reliques qui avaient été engagées par

Baudouin, empereur de Constantinople, pour une très-grosse somme d'argent. Ces précieuses reliques

furent apportées en France et reçues au bois de Vincennes par le roi, qui les conduisit de là à Paris,

marchant nu-pieds, aussi bien que les princes ses frères, tout le clergé et un nombre infini de peuple. Ces

reliques furent ensuite placées dans la Sainte-Chapelle, où on les conserva comme un des plus précieux

trésors qu'il y eût dans le monde.

Ce qui contribua beaucoup à entretenir la paix dans le royaume, fut la résolution que prirent quelques-uns
des vassaux du roi, les plus difficiles à gouverner, d'accomplir le voeu qu'ils avaient fait d'aller à la

Terre-Sainte. Le roi de Navarre, le comte de Bretagne, Henri, comte de Bar, le duc de Bourgogne,

Amauri de Montfort, connétable de France, et quantité d'autres seigneurs, passèrent en Palestine, où

plusieurs d'entre eux périrent sans avoir rien fait de mémorable, ni de fort avantageux pour la religion.

Pendant que ces seigneurs étaient occupés dans la Palestine à faire la guerre aux infidèles, les états de
Louis étaient dans la plus grande tranquillité. Ce prince, occupé tout entier de la religion et du bonheur de

ses peuples, partageait également ses soins entre l'une et les autres. Les mariages des grands étaient alors

l'objet le plus important de la politique de nos souverains. Mathilde, veuve de Philippe, comte de

Boulogne, oncle du roi, avait promis par écrit de ne marier sa fille unique, que de l'agrément de Louis.

Elle fut fidèle à sa promesse. Le monarque qui, peu de temps auparavant, s'était opposé à l'union de la

mère avec le comte de Leicester, seigneur anglais d'une ambition démesurée, consentit que la fille

épousât Gaucher IV, chef de la maison de Châtillon, seigneur français, aussi distingué par sa fidélité que

par sa haute naissance. Ce fut aussi par le même principe qu'après avoir forcé la comtesse de Flandre à

renoncer à l'alliance du même Leicester, il lui permit de s'unir au comte Thomas, cadet de la maison de

Savoie, oncle de la reine Marguerite, le cavalier le mieux fait de son temps, plus estimable encore par les

qualités de l'esprit et du coeur, mais peu avantagé des biens de la fortune.

Mariages des princes Robert et Alphonse, frères du roi.

Mais de tous ces mariages, les plus célèbres furent ceux des princes Robert et Alphonse, frères du roi. Le
premier avait été accordé avec la fille unique du feu comte de Flandre. La mort prématurée de cette riche

héritière inspira d'autres vues. Louis choisit, pour la remplacer, Mathilde ou Mahaut, soeur aînée du duc

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