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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

principale héritière. Le traité du mariage fut fait; elle fut épousée au nom du roi d'Angleterre par l'évêque
de Carlile, et le pape même y avait contribué. Malgré ces circonstances, Louis s'opposa à ce mariage,

dont il prévoyait les suites dangereuses pour l'intérêt de l'état. Il menaça le comte de Ponthieu de

confisquer toutes ses terres, s'il l'accomplissait, et tint si ferme, que le comte, sur le point de se voir

beau-père du roi d'Angleterre, fut obligé de renoncer à cet honneur. Mais un autre mariage, qui fut conclu

cette même année, récompensa la comtesse Jeanne de la couronne que Louis lui avait fait perdre, en

l'obligeant de refuser la main du roi d'Angleterre. Ferdinand, roi de Castille, écrivit au monarque français

pour le prier d'agréer la demande qu'il voulait faire de cette vertueuse princesse: ce qu'il obtint d'autant

plus aisément, qu'il en avait plus coûté au coeur de Louis pour arracher un sceptre des mains d'une

personne du plus grand mérite, et sa proche parente; car elle descendait d'Alix, fille de Louis-le-Jeune.

On le vit encore, quelque temps après, consoler la comtesse Mathilde d'avoir été contrainte de préférer le

bien de l'état à son inclination pour un gentilhomme. Il lui fit épouser le prince Alphonse, frère de

Sanche, roi de Portugal, neveu de la reine Blanche, qui avait fait élever cette jeune demoiselle à la cour

de France.

Le roi tint la même conduite à l'égard de Jeanne, comtesse de Flandre, veuve du comte Ferrand. Simon
de Montfort, comte de Leicester, et frère cadet d'Amauri de Montfort, connétable de France, s'était établi

en Angleterre pour y posséder le comté de Leicester, dont il était héritier du chef de sa grand'mère, et

dont le roi d Angleterre n'aurait pas voulu lui accorder la jouissance s'il était demeuré en France. Ce

seigneur, homme de beaucoup de mérite, était en état, par ses grands biens et par le crédit où il était

parvenu en Angleterre, d'épouser la comtesse de Flandre. Le roi, dans un traité fait à Péronne avec elle,

quelques années auparavant, n'avait pas manqué d'y faire insérer un article par lequel elle s'engageait de

ne point s'allier avec les ennemis de l'état. Ce fut en vertu de ce traité, qu'il l'obligea de rompre toute

négociation sur ce mariage. Il empêcha aussi Mathilde, veuve du comte de Boulogne, oncle du roi, dont

nous avons déjà parlé, d'épouser le même Simon de Montfort.

Majorité de saint Louis.

Cette conduite de Louis faisait connaître à toute la France combien il avait profité, dans l'art de régner,
des instructions que lui avait données la reine sa mère. Cette princesse cessa de prendre la qualité de

régente du royaume, sitôt que le roi eut vingt et un ans accomplis, et ce fut le cinq d'avril 1236. Ce terme

de la minorité fut avancé depuis par une ordonnance de Charles V, suivant laquelle les rois de France

sont déclarés majeurs dès qu'ils commencent leur quatorzième année.

La première affaire importante que Louis eut en prenant le gouvernement de son état, lui fut suscitée par
le comte de Champagne, que sa légéreté naturelle ne laissait guère en repos. Il se brouillait tantôt avec

son souverain, tantôt avec ses vassaux, tantôt avec ses voisins, et une couronne dont il avait hérité depuis

deux ans ne contribuait pas à le rendre plus traitable. Il était fils de Blanche, soeur de Sanche, roi de

Navarre.

Sanche étant mort en 1234, sans laisser d'héritiers, Thibaud, son neveu, lui succéda au trône de Navarre.
Il trouva dans le trésor de son prédécesseur 1,700,000 livres, somme qui, réduite au poids de notre

monnaie d'aujourd'hui, ferait environ 15,000,000. Avec ces richesses et cet accroissement de puissance, il

se crut moins obligé que jamais de ménager le roi.

Il prétendit que la cession qu'il avait faite des comtés de Blois, de Chartres, de Sancerre et des autres fiefs
dont il avait traité avec le roi pour les droits de la reine de Chypre, n'était point une vente, mais seulement

un engagement de ces fiefs avec pouvoir de les retirer en rendant la somme d'argent que le roi avait

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