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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

seigneurs bretons, partisans de la France. Le comte de Bretagne accepta ces conditions. Peu de temps
après il passa en Angleterre, où il exposa à Henri l'état où il était réduit, le pria de venir en Bretagne avec

une armée, lui demanda l'argent nécessaire pour soutenir la guerre contre un ennemi aussi puissant que

celui qu'il avait sur les bras, et lui dit que, faute de cela, il serait obligé de faire sa paix à quelque prix que

ce fût.

Le roi d'Angleterre lui répondit qu'il lui demandait une chose impossible, lui reprocha son inconstance, et
lui fit avec chagrin le détail des grosses dépenses que l'Angleterre avait faites pour le soutenir, sans qu'il

en eût su profiter. Il lui offrit néanmoins encore quelque secours de troupes s'il voulait s'en contenter. Le

comte, de son côté, se plaignit qu'on l'abandonnait après qu'il s'était sacrifié pour le service de la

couronne d'Angleterre, qu'il était entièrement ruiné, et que le petit secours qu'on lui offrait était moins

pour le défendre, que pour l'engager à se perdre sans ressources; et l'on se sépara fort mécontent de part

et d'autre. Après ce que nous avons rapporté de la dernière expédition du roi d'Angleterre en Bretagne, il

serait bien difficile de décider lequel de lui ou du comte s'était conduit avec le plus d'imprudence.

Le comte de Bretagne n'eut pas plutôt repassé la mer, qu'il vint se jeter aux pieds du roi pour lui
demander miséricorde, en confessant qu'il était un rebelle, un traître, qu'il lui abandonnait tous ses états et

sa propre personne pour le punir comme il le jugerait à propos.

Le roi, touché de la posture humiliante où il voyait le comte, fit céder ses justes ressentimens à sa
compassion; et, après lui avoir fait quelques reproches sur sa conduite passée, il lui dit que, quoiqu'il

méritât la mort pour sa félonie, et pour les maux infinis qu'il avait causés à l'état, il lui donnait la vie;

qu'il accordait ce pardon à sa naissance, qu'il lui rendait ses états, et qu'il consentait qu'ils passassent à

son fils, qui n'était pas coupable des crimes de son père. Le comte, pénétré de la bonté du roi, lui promit

de le servir envers tous, et contre tous. Il lui remit ses forteresses de Saint-Aubin, de Chanteauceaux et de

Mareuil pour trois ans, et s'obligea de plus à servir à ses frais pendant cinq ans en Palestine, et à rétablir

la noblesse de Bretagne dans tous ses priviléges.

Le comte, très-content d'en être quitte à si bon marché, retourna en Bretagne, d'où il envoya déclarer au
roi d'Angleterre qu'il ne se reconnaissait plus pour son vassal. Henri ne fut point surpris de cette

déclaration; mais sur-le-champ il confisqua le comté de Richemont et les autres terres que le comte

possédait en Angleterre. Le comte, pour s'en venger, fit équiper dans ses ports quelques vaisseaux avec

lesquels il fit courir sur les Anglais, troubla partout leur commerce, et remplit par là, dit Matthieu Paris,

historien anglais, son surnom de Mauclerc, c'est-à-dire d'homme malin et méchant.

La soumission du comte de Bretagne fut de la plus grande importance pour affermir l'autorité du jeune
roi. La vigueur avec laquelle il l'avait poussé, retint dans le respect les autres grands vassaux de la

couronne; mais il ne fut pas moins attentif à prévenir les occasions de ces sortes de révoltes, que vif à les

réprimer.

Politique de nos rois sur les mariages des grands.

Les alliances que les vassaux contractaient par des mariages avec les ennemis de l'état, et surtout avec les
Anglais, y contribuaient beaucoup: aussi une des précautions que prenaient les rois, à cet égard, était

d'empêcher ces sortes d'alliances autant qu'il était possible, et dans les traités qu'ils faisaient avec leurs

vassaux, cette clause était ordinairement exprimée, que ni le vassal, ni aucun de sa famille ne pourrait

contracter mariage avec étrangers, sans l'agrément du prince. Louis était très-exact à faire observer cet

article important. Le roi d'Angleterre, dans le dessein d'acquérir de nouvelles terres et de nouvelles places

en France, demanda en mariage à Simon, comte de Ponthieu, Jeanne, l'aînée de ses quatre filles, et sa

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