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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

péché mortel.

La régente, avec sa grandeur d'ame ordinaire, méprisa ces calomnies, et ceux qui les répandaient n'eurent
pas la satisfaction de l'en voir touchée; mais elle confondit leur malignité sur ce qui la regardait, en

mariant le roi son fils, et en lui faisant épouser la fille aînée du comte de Provence.

Il s'appelait Raymond Bérenger. Il était de l'illustre et ancienne maison des comtes de Barcelone, dont on
voyait les commencemens sous les premiers rois de la seconde race. Le royaume d'Aragon y était entré

depuis près de cent ans par une héritière de cet état. Le comté de Provence, démembré de la couronne de

France, du temps de Charles-le-Simple, était aussi venu par alliance dans la maison de Barcelone, au

moins pour la plus grande partie; car les comtes de Toulouse y avaient des terres et des places, et se

disaient marquis de Provence. Ce comté fut le partage de la branche cadette dont Raymond Bérenger

était le chef, et cousin-germain de Jacques régnant actuellement en Aragon.

Raymond Bérenger eut de Béatrix, sa femme, quatre filles, qui, toutes quatre, furent reines. Eléonore, la
seconde, fut mariée à Henri II, roi d'Angleterre. Ce prince fit épouser la troisième, nommée Sancie, à

Richard, son frère, qui fut roi des Romains. Béatrix, la cadette de toutes, épousa Charles, comte d'Anjou,

depuis roi de Sicile, frère de Louis. Enfin, Marguerite, l'aînée, épousa le roi de France. Ce prince la fit

demander par Gaulthier, archevêque de Sens, et par le sire Jean de Nesle. Le comte de Provence,

très-sensible à cet honneur, en accepta la proposition avec la plus grande joie. Il confia sa fille aux

ambassadeurs avec un cortége convenable pour la conduire à la cour de France.

La naissance et la beauté de Marguerite la rendaient également digne de cet honneur. Ses parens lui
avaient fait donner une éducation assez semblable à celle que Louis avait reçue de la reine sa mère. Ce

prince l'épousa à Sens, où elle fut en même temps couronnée par l'archevêque.

Cependant la trève de trois années, que Louis avait accordée au comte de Bretagne, était sur le point de
finir: le comte y avait même fait des infractions par plusieurs violences exercées sur les terres de Henri

d'Avaugour, à cause de l'attachement que ce seigneur avait fait paraître pour la France. Le comte,

toujours en liaison avec le roi d'Angleterre, avait obtenu de lui deux mille hommes qu'il avait mis dans

les places les plus exposées de sa frontière. Le roi, instruit de ses intrigues, résolut de le pousser plus

vivement qu'il n'avait encore fait. Le comte de Dreux et le comte de Boulogne étaient morts pendant la

trève. Le comte de Bretagne avait perdu, dans le premier, qui était son frère, un médiateur dont le crédit

eût été pour lui une ressource en cas que ses affaires tournassent mal; et dans le second, un homme

toujours assez disposé à seconder ses mauvais desseins. Le roi, ayant assemblé ses troupes, s'avança sur

les frontières de Bretagne avec une nombreuse armée. On y porta le ravage partout; de sorte que le

comte, se voyant sur le point d'être accablé, envoya au roi pour le prier d'épargner ses sujets, et d'écouter

quelques propositions qu'il espérait lui faire agréer. Le comte lui représenta que les engagemens qu'il

avait avec le roi d'Angleterre, tout criminels qu'ils étaient, ne pouvaient être rompus tout d'un coup: il le

supplia de vouloir bien lui donner le temps de se dégager avec honneur, et de lui accorder une trève

jusqu'à la Toussaint, pendant laquelle il demanderait au roi d'Angleterre une chose qu'assurément ce

prince n'était pas en état de lui accorder; savoir: qu'avant le mois de novembre il vînt à son secours en

personne, avec une armée capable de résister à celle des Français, et promit que, sur son refus, il

renoncerait à sa protection et à l'hommage qu'il lui avait fait, et remettrait entre les mains du roi toute la

Bretagne. Le roi, qui savait qu'en effet le roi d'Angleterre ne pourrait jamais en si peu de temps faire un

armement de terre et de mer suffisant pour une telle expédition, accorda au comte ce qu'il lui demandait;

mais à condition qu'il lui livrerait trois de ses meilleures places, et qu'il rétablirait dans leurs biens les

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