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Richard de Bury - Histoire de St. Louis, Roi de France

fait arriva, et qui mérite d'avoir ici sa place.

[Note 1: Daniel, tom. III, édition de 1722, p. 198.]

«Je vy une journée, dit-il, que plusieurs prélats de France se trouvèrent à Paris, pour parler au bon saint
Louis, et lui faire une requête, et quand il le sçut il se rendit au palais, pour les ouïr de ce qu'ils vouloient

dire, et quand tous furent assemblés, ce fut l'évêque Gui d'Auseure[1], qui fut fils de monseigneur

Guillaume de Melot, qui commença à dire au roi, par le congié et commun assentement de tous les autres

prélats: Sire, sachez que tous ces prélats qui sont en votre présence me font dire que vous lessés perdre

toute la chrétienté, et qu'elle se perd entre vos mains. Alors le bon roi se signe de la croix, et dit: Evêque,

or me dites comment il se fait, et par quelle raison? Sire, fit l'evêque, c'est pour ce qu'on ne tient plus

compte des excommuniés; car aujourd'hui un homme aimeroit mieux morir tout excommunié que de se

faire absoudre, et ne veut nully faire satisfaction à l'Eglise. Pourtant, Sire, ils vous requièrent tous à un

vois, pour Dieu, et pour ce que ainsi le devés faire, qu'il vous plaise commander à tous vos baillifs,

prévôts, et autres administrateurs de justice, que où il sera trouvé aucun en votre royaume, qui aura été an

et jour continuellement excommunié, qu'ils le contraignent à se faire absoudre, par la prinse de ses biens.

Et le saint homme répondit que très-volontiers le commanderoit faire de ceux qu'on trouveroit être

torçonniers à l'église et à son prème[2]. Et l'évêque dit qu'il ne leur appartenoit à connoître de leurs

causes. Et à ce répondit le roi, il ne le feroit autrement, et disoit que ce seroit contre Dieu et raison qu'il

fît contraindre à soi faire absoudre ceux à qui les clercs feroient tort, et qu'ils ne fussent oiz en leur bon

droit. Et de ce leur donna exemple du comte de Bretaigne, qui par sept ans a plaidoyé contre les prélats

de Bretaigne tout excommunié; et finablement a si bien conduit et mené sa cause, que notre saint père le

pape les a condamnés envers icelui comte de Bretaigne. Parquoi disoit que si, dès la première année, il

eût voulu contraindre icelui comte de Bretaigne à soi faire absoudre, il lui eût convenu laisser à iceulx

prélats, contre raison, ce qu'ils lui demandoient contre son vouloir, et que, en ce faisant, il eût grandement

mal fait envers Dieu et envers ledit comte de Bretaigne. Après lesquelles choses ouyes, pour tous iceulx

prélats, il leur suffit de la bonne réponse du roi, et oncques puis ne oï parler qu'il fût fait demande de

telles choses.»

[Note 1: D'Auxerre.]

[Note 2: Prochain.]

Mariage du roi.

Le roi étant entré dans sa dix-neuvième année, la régente pensa sérieusement à le marier. Il est étonnant
que la piété solide de ce prince, et la vie exemplaire qu'il menait dès lors, ne l'aient point mis à couvert

des traits de la plus noire calomnie. Les libertins, dont les cours ne manquent jamais, et dont le plaisir est

de pouvoir flétrir la vertu la plus pure, à quoi ils joignirent encore la jalousie qu'ils avaient de la

prospérité dont la France jouissait sous la conduite de la régente, osèrent faire courir le bruit que ce jeune

prince avait des maîtresses, que sa mère ne l'ignorait pas, mais qu'elle n'osait pas trop l'en blâmer, afin de

n'être point obligée de le marier sitôt pour se conserver plus longtemps l'autorité entière du

gouvernement.

Ces traits injurieux firent une telle impression dans le public, qu'un bon religieux, poussé d'un zèle
indiscret, en fit une vive réprimande à la reine. L'innocence est toujours humble, toujours modeste.

J'aime le roi mon fils
, répondit Blanche avec douceur, mais, si je le voyais prêt à mourir, et que,
pour lui sauver la vie, je n'eusse qu'à lui permettre d'offenser son Dieu, le ciel m'est témoin que, sans

hésiter, je choisirais de le voir périr, plutôt que de le voir encourir la disgrace de son Créateur par un

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